
MUSEE GUIMET, Paris, Juin-Octobre 2017
PAVILLON DE L’ARSENAL, Paris, Juin-Septembre 2017
MAISON EUROPEENNE DE LA PHOTOGRAPHIE, Paris, Juin-Août 2017
Début de semaine à l’heure japonaise…
Chapitre 1

Studio Enami vers 1890 
Prune Nourry_musée Guimet, Paris_7 août 2017
Le musée Guimet consacre une exposition aux « fukei » (paysages) japonais comme source majeure d’inspiration pour l’estampe et l’ukiyo-e (« images du monde flottant ») à partir de 1820. S’y succède une grande diversité de propositions : visions panoramiques exaltant le passage du temps et les lieux célèbres du Japon, visions urbaines, scènes intimistes et remarquables séries de Hokusaï et Hiroshige qui renouvelèrent l’Ukiyo-e.A noter que le musée accueille parallèlement une proposition de Prune Nourry : un bouddha monumental de plâtre, ruiné et inspiré des bouddhas de Bamiyan, ponctué de bâtons d’encens piqués comme des aiguilles d’acupuncture, symbole tout à la fois de la menace pesant sur le patrimoine et de la fragilité et de la force de toute trace. A l’intérieur du bouddha, des « offrandes aux morts » entre spiritualité et consumérisme.
Chapitre 2
Le pavillon de l’Arsenal présente une exposition consacrée aux architectes japonais à Paris. Une proposition intéressante qui permet de prendre connaissance, à travers dessins, maquettes… de projets non réalisés tels que le centre Pompidou de Kunio Maekawa, la bibliothèque nationale de France de Fumihiko Maki, volume percé de tours de cristal ; l’opéra Bastille de Kisho Kirokawa, divers projets japonais pour l’arche de la Défense, le « vaisseau spatial posé sur l’eau », projet de Tadao Ando pour la collection Pinault à l’ïle Seguin, les propositions d’habitat nomade de Sou Fujimoto (« many small cubes ») présentées à grande échelle lors de la Fiac 2014, architecture légère et aérienne etc.

Tadao Ando bourse du commerce_architectures japonaises_pavillon de l’arsenal_9 août 2017 
projet pour le centre Pompidou Maekawa_architectures japonaises_pavillon de l’arsenal_9 août 2017
Une ouverture sur l’avenir également à travers les propositions fulgurantes dans leur dimension dessinée de Tadao Ando pour la bourse du commerce, insertion d’un cylindre de béton dans le vide central du monument historique afin d’y déployer la collection Pinault (pour fin 2018) ; la Samaritaine guère enthousiasmante de Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, façade de verre ondulante censée faire écho aux immeubles haussmaniens ; la gare de Saint-Denis Pleyel de Kengo Kuma ou encore les réalisations récentes de Shigeru Ban à l’île Seguin, salle de concert ovoïde protégé d’un maillage de bois.
Chapitre 3
La photographie japonaise envahit l’ensemble des espaces de la maison européenne de la photographie avec de remarquables séries qui témoignent notamment de l’impact de la seconde guerre mondiale dans la mémoire japonaise et se caractérisent par une froide sobriété et une violence contenue. Ma sélection…Le photographe autodidacte Hiroshi Yamazaki est représenté par une remarquable série, « heliographie », dont le titre fait référence à Niepce. Avec pour unique sujet la mer et le soleil, il étudie les déplacements du soleil et ses reflets dans l’eau avec un temps d’exposition très long, frisant parfois l’abstraction.La série que consacre Shomei Tomatsu à Nagasaki est particulièrement bouleversante, présentant des traces de la tragédie, victimes, objets déformés par l’explosion mêlant esthétique de l’épure et horreur (ex : « casque en fer contenant un reste de crâne humain, près de l’épicentre »). Hiromi Tsuchida et Ikko Narahara dépeignent le quotidien ou la culture des japonais. Le premier réalise par ailleurs une série sur Hiroshima.

Shoji Ueda_MEP_9 août 2017 
Ryuji Miyamoto, Kobe_MEP_9 août 2017
La série « solitude of ravens », de Masahisa Fukase, affiche sa singularité par sa thématique à la fois personnelle (le corbeau comme symbole de tristesse et du vide intérieur du photographe suite à une séparation) et universelle, ainsi que par les effets de flous, la densité des noirs. Shoji Ueda est représenté par la série qui l’a rendu célèbre, réalisée dans les dunes de Tottori où il orchestre des mises en scène graphiques, épurées et poétiques. Yasuhiro Ishimoto dont le travail témoigne d’un modernisme formel, s’intéresse principalement à l’architecture des métropoles et particulièrement à Chicago. Ryuji Miyamoto expose la destruction, à travers notamment une série sur Kobe au lendemain du tremblement de terre de 1995, rappel de la précarité de toute construction humaine…

Hiroshi Sugimoto_MEP_9 août 2017 
Eikoh Hosoe_MEP_9 août 2017
Sont également présents Eikoh Hosoe, Araki dans ses photographies intimistes (voyage sentimental- voyage d’hiver), Daido Moriyama et ses propositions contrastées sur le monde urbain (« brut, flou, trouble »), Hiroshi Sugimoto et son travail sur le vide et l’absence. A noter par ailleurs un bel hommage à Keiichi Tahara, décédé cette année, à travers un aperçu de sa série consacrée à des personnalités du monde de l’art, construite systématiquement en diptyque (un plan large et une focalisation sur le visage) et jouant remarquablement avec la lumière et les ouvertures. Ainsi qu’un regard sur Bernard Pierre Wolff qui arpenta particulièrement les rues de New York en quête de perfection formelle et de « l’instant décisif ». A voir !



















































