Alberto Giacometti, pourquoi je suis sculpteur

MUSEE MAILLOL, Paris, Septembre 2018 – Janvier 2019

Giacometti, trois hommes qui marchent, 1948 et Giacometti, la clairière 1950

Aucune sculpture ne détrône jamais aucune autre. Une sculpture n’est pas un objet, elle est une interrogation, une question, une réponse. Elle ne peut être finie ni parfaite. […]. Pour Michel-Ange, avec la Pietà Rondanini, sa dernière sculpture, tout recommence. Et pendant mille ans Michel-Ange aurait pu continuer à sculpter des Pietà sans se répéter, sans revenir en arrière, sans jamais rien finir, allant toujours plus loin. Rodin aussi. […]

je n’ai jamais réussi à faire une tête telle que je la vois tout simplement, dans le sens le plus primaire. Si je vois une tête de très loin, j’ai l’idée d’une sphère. Si je la vois de très près, elle cesse d’être une sphère pour devenir une complication extrême en profondeur. On entre dans l’être. Tout a l’air transparent, on voit à travers le squelette. L’impossibilité principale, c’est de saisir l’ensemble et ce qu’on pourrait appeler les détails. Ainsi je ne pense qu’aux yeux ! Il faudrait arriver à saisir dans une sculpture et la tête et le corps et la terre sur laquelle il repose, et en même temps on aurait l’espace, et la possibilité de mettre tout ce que l’on veut dedans. Oui, il suffirait pour sculpter ce tout de sculpter les yeux. […] Seulement, cela a l’air absolument impossible. […] on ne copie jamais que la vision qu’il en reste à chaque instant, l’image qui devient conscience… […]

Toute la démarche des artistes modernes est dans cette volonté de saisir, de posséder quelque chose qui fuit constamment. Ils veulent posséder la sensation qu’ils ont de la réalité, plus que la réalité elle-même. […] jamais personne ne [peut] saisir complètement [la] vie […] L’art, ce n’est qu’un moyen de voir. Quoi que je regarde, tout me dépasse et m’étonne, et je ne sais pas exactement ce que je vois. C’est trop complexe. […] Mais j’ai l’impression, ou l’illusion, que je fais des progrès […] j’ai l’impression que je vois plus loin […je gagne] une sensation nouvelle.

[L’art est] une satisfaction purement individuelle […] Toute œuvre d’art est enfantée totalement pour rien. Tout ce temps passé, tous ces génies, tout ce travail, finalement, sur le plan de l’absolu, c’est pour rien. Si ce n’est cette sensation immédiate dans le présent, que l’on éprouve en tentant d’appréhender la réalité. Et l’aventure, la grande aventure, c’est de voir surgir quelque chose d’inconnu chaque jour, dans le même visage, c’est plus grand que tous les voyages autour du monde […][il n’y a jamais d’espoir] d’arriver à une connaissance totale. D’ailleurs, la connaissance totale, ce serait la mort même. L’art et la science, c’est tâcher de comprendre. L’échec et la réussite sont tout à fait secondaires […] L’homme enfin livré à lui-même.

Alberto Giacometti, « pourquoi je suis sculpteur », Fondation Giacometti, 2018

Nouvelle visite de l’exposition Giacometti, entre tradition et avant-garde, au musée Maillol jusqu’au 20 janvier.

Facebookmail
Facebookrss

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *