GALERIE XIPPAS, Paris, Mars – Mai 2019
VNH Gallery, Paris, Mai – Juin 2019

A l’entrée de la galerie Xippas « double H arbre », une nouvelle sculpture du franco-argentin Pablo Reinoso, découvert lors de la FIAC hors les murs 2018 où il présentait une arche faisant écho à la façade du petit palais et un admirable cercle d’assises inspirées des chaises du jardin des Tuileries dans l’un de ses bassins, des chaises aux terminaisons végétales, nous accueille. Une forme à la limite de l’abstraction et évoquant cependant, par son enchevêtrement délicat et singulièrement souple, léger et animé, de métal, le tronc et le feuillage d’un arbre, nous introduisant d’emblée à la thématique de cette exposition collective, « echoing trees ». Une seconde pièce de l’artiste, « revolving stairs », investit le centre de l’espace d’exposition, le bois se pliant cette fois aux besoins de l’acte créateur, un escalier en colimaçon prenant la forme d’une coquille et perdant ainsi toute fonctionnalité tout en revenant à la nature.

Philippe Ramette, promenade irrationnelle, 2003 et Vik Muniz 
Pablo Reinoso, revolving stairs, 2016 
Yves Belorgey, fenêtre de bureau Cologne, 2019
La peinture et la photographie sont également pertinemment convoquées. Une fascinante photographie de la série Night + Fog (Monchegorsk), 2007, de Darren Almond, dialogue ainsi avec un arbre de Vik Muniz. Réalisée dans les plaines de Sibérie, la série du photographe anglais, qui reprend le titre du documentaire d’Alain Resnais sur Auschwitz, établit une analogie entre deux systèmes concentrationnaires : les camps d’extermination nazis et le goulag. Les territoires en question et leurs forêts comme pétrifiées, leurs plaines couvertes d’une neige immaculée et quelque peu déshumanisées, en dépit de leur beauté singulière, se révèlent parmi les plus pollués au monde. C’est là que des prisonniers politiques des camps d’internement soviétiques extrayaient du nickel dans le cadre des travaux forcés. « Tree (traces) », 2016, de Muniz, répand ses amples ramifications plus calcinées –et d’ailleurs ponctuées de pièces de charbon, insertion du réel, du volume, d’une certaine densité de matière et de noir, dans l’image- que foisonnantes sur toute la surface du support. Dans sa « promenade irrationnelle », 2003, Philippe Ramette nous propose un autre point de vue sur le monde, à l’horizontal, tandis que le peintre Yves Belorgey (« fenêtre de bureau » Cologne, 2019) introduit par le motif de l’arbre une touche nostalgique sinon bucolique dans un paysage urbain austère.L’arbre et ses métamorphoses, sa charge symbolique, ses rythmes de croissance et de déclin.
La même galerie accueille une nouvelle proposition de Céleste Boursier-Mougenot, l’artiste qui nous a offert la singulière expérience, tout à la fois apaisante et funeste, de naviguer dans un espace envahi par l’eau et la pénombre au Palais de Tokyo en 2015 (« Aquaalta »). A nouveau, il s’agit de perturber nos perceptions. Le visiteur chemine dans l’obscurité sur un sol mou, instable, à peine guidé par des toiles blanches très faiblement éclairées et perturbé par des artefacts sonores (effets larsen, bruit blanc…), des éléments qui dans le monde du paranormal sont censés nous mettre en relation avec un au-delà. « Un cabinet de curiosité » qui se retourne singulièrement, l’atmosphère proposée par l’artiste, effaçant tout objet de contemplation, nous fait prendre conscience de notre corps en priorisant le ressenti physique (le déséquilibre, le recours au toucher pour s’orienter) et sonore, aux dépens du sens habituellement requis de la vue.

Hofer Candida, institut de France Paris I, 2018_VNH_03 mai 2019 
False Eleonore_VNH_03 mai 2019
A quelques mètres, la VNH gallery propose un bel ensemble de photographies de l’allemande Candida Höfer, élève des Becher, consacré à l’architecture parisienne. Des photographies objectivées, dénuées de toute présence humaine, caractéristiques de l’école de Düsseldorf. Elle présente également « needs », de la jeune artiste Eleonore False, issue des beaux-arts de Paris. Un ensemble de pièces caractérisées par la pratique du collage et les bouleversements d’échelle, particulièrement sensibles dans ses « Flower », 2019, disproportionnées. False collecte des images fragmentaires dans des livres, les agrandit, les met parfois en volume et leur donne une nouvelle existence dans ses propositions ici concentrées sur les besoins de l’être vivant (eau, souffle, désir…). Elle expose également des pièces en verre aux formes organiques.
