LE BEFFROI, Montrouge, Avril-Mai 2017
ECOLE DES BEAUX-ARTS DE PARIS, Mai-Juillet 2017

Place aux artistes émergents avec des propositions multiformes et quelques agréables surprises : visite du salon de Montrouge 2017 et de l’exposition des diplômés félicités aux Beaux-Arts de Paris samedi dernier.
Chapitre 1 : ma sélection Montrouge 2017…

Marianne Mispelaere 
Cat Fenwick
Ji-Min Park part de documents photographiques et procède par effacement, simplification, jusqu’à l’abstraction ; l’œuvre de Marianne Mispelaere se situe entre dessin et performance, par la répétition inlassable, selon un protocole défini, d’une ligne d’une minute à l’encre de chine ; la peinture de Guillaume Valenti joue avec l’architecture industrielle, entre fiction et réalité ; Ludivine Large Bessette développe un travail photographique et vidéo sur le corps, qu’il s’agisse de sa chute brutale ou de sa disparition dans un espace naturel quelque peu hostile ; Cat Fenwick mêle bois et faïence ou verre soufflé au sein de sculptures architecturées et poétiques par le rapprochement de matériaux quelque peu antagonistes.

Linda Sanchez 
Kokou Ferdinand Makouvia
Un équilibre fragile ; équilibre fragile que l’on retrouve dans le nid de Ludvig Sahakyan, nid structuré par des flèches, menace devenue abri ; Kokou Ferdinand déploie, à partir de caoutchouc et de bois, une cartographie personnelle interrogeant la pertinence même des frontières ; Linda Sanchez répand au sol un surprenant «tissu de sable » ; les œuvres délicates de Jeanne Berbineau Aubry se situent entre science et art, recueil d’essences des jardins de la villa Médicis distillées ensuite dans l’alcool, cristallisation d’un néon… ; Valentina Canseco détourne un objet industriel voué à la destruction, la cagette, anoblie par le bronze, démultipliée par le dessin… ; Victor Vialles expose ce qu’il reste de la formation d’un apprenti soudeur, une plaque d’aluminium polie et hommage à la transmission des savoir-faire etc.
L’écriture occupe une part essentielle dans plusieurs réalisations : il en est ainsi de Mathilde Chenin qui déploie au mur, sous forme d’écriture fragmentée, des récits ouverts et des plus percutants. Ou encore de Julie le Toquin, qui nous donne à voir et à lire son journal intime sous forme d’ample rouleau déployé face au spectateur.
Chapitre 2…

Clara Fontaine, gisant couloir à balles perdues 
Nathanaelle Herbelin
De l’exposition des Félicités 2017, j’ai particulièrement retenu, outre quelques toiles de Tatiana Pozzo di Borgo, Lucile Kessil ou encore Nathanaelle Herbelin, le travail de Clara Fontaine, « gisant », « à balles perdues », de l’atelier Rochette. Lorsqu’elle évoque son travail, la jeune artiste insiste sur l’aliénation à l’œuvre durant le processus de création, l’accumulation de gestes répétitifs, la violence physique et psychique qu’il engendre. Cette dureté, cette violence se retrouvent dans les titres, les thématiques abordées, le traitement et le choix des matériaux (clous, acier…). L’artiste note aussi l’impact des attentats de 2015 sur sa vie et son rapport à l’art.

Jean Charles Bureau, construction d’un désespoir éphémère 
Paul Descoings
Jean-Charles Bureau, de l’atelier Boisrond, dresse un château de cartes et un château de « pierres » côte à côte et d’une grande efficacité symbolique et visuelle. L’œuvre s’intitule « construction d’un désespoir éphémère » et se constitue en réalité de verre, de métal, de béton et de feuille d’or… « Guerre au bonheur », « défaite », « mon château s’est écroulé, enfin »…Des ateliers Poitevin et Bruguera, Paul Descoings développe une réflexion sur les limites de l’activité naturelle, les limites du monde matériel humain lorsqu’il interagit avec la nature. Son « stalactite » de cire d’abeille est tout à la fois poétique et inquiétant par son lent travail de décomposition artificielle.

Chloé Mossessian 
Nidgate
Chloé Mossessian, de l’atelier Tosani, propose une remarquable série photographique et une vidéo. La focalisation sur le détail, le rien, l’instant comme suspendu, le voile gonflé par une légère brise, deux amis ou amants liés par un simple geste, l’ombre d’un parasol sur le mur…induit une situation poétique et singulièrement apaisante, entre réel et abstraction. Le « hors du tout ». Mahalla Kohnke Jehi, des ateliers François et Janssens, déploie à travers la vidéo ou au sol des formes témoignant de l’absence d’un corps. Il s’agit pour l’artiste « de mettre en avant le geste. De laisser transparaître à travers la matière, l’action qui donne naissance à la forme ». L’artiste s’intéresse à des formes incertaines, vacillantes, sur le point de disparaître.
Ce mouvement est aussi celui qui sépare la projection mentale d’une œuvre de sa réalisation finale.
Qin Han et Yuyan Wang, à travers le duo Nidgâté, de l’atelier Vilmouth, proposent, derrière un voile animé d’ombres, une installation vidéo singulière, un espace où l’on pénètre pour se perdre quelque peu…






















