Baroque des Lumières

PETIT PALAIS, Paris, Mars-Juillet 2017

C Van Loo, apothéose de st Grégoire_Baroque des lumières églises parisiennes_petit palais_8 avril 2017

« Le baroque des lumières », au Petit Palais, présente un ensemble de réalisations pour les églises parisiennes du XVIIIe. Si certaines œuvres se révèlent impressionnantes et de qualité, notamment sous le pinceau de François Lemoyne (« la vierge en gloire », st Jean Baptiste au désert »), Restout (« portrait de l’abbé de Tournus », « le baptême du christ ») ou Carl Van Loo (projet pour les Invalides), l’ensemble n’est pas totalement convainquant.

D’une part, le titre ne peut que décevoir si l’on imagine les grandes envolées baroques de la Rome du XVIIe siècle. Le baroque français a soit disparu -et l’exposition laisse percer une pointe de regret face aux multiples églises et décors détruits par le vandalisme (qui comme on le sait n’a pas été seulement le fruit de la Révolution même si celle-ci l’a particulièrement accéléré et systématisé)- soit reste limité à la dynamique des compositions, la puissance des couleurs, sans se risquer à dépasser le cadre de la toile dans des compositions plafonnantes et en trompe l’œil, à de très rares exceptions près. Par ailleurs, malgré différentes tentatives au cours du siècle pour revivifier la peinture d’histoire par de grands cycles ou commandes, la peinture d’histoire du XVIIIe siècle a perdu l’éclat et la capacité de renouvellement qu’ont su lui insuffler des maîtres tels que Caravage, Carrache, Cortone, Dominiquin, ou Gaulli … au XVIIe.

Malgré tout, l’esprit de la réforme catholique demeure présent, soucieux de contrarier des menaces aussi diverses que le jansénisme ou un certain matérialisme (déisme voire athéisme). On observe ainsi un recentrage progressif sur des saints considérés comme incontestables tels que st Augustin ou st François de Sales, Solano, aux dépens de saints plus légendaires. Le parcours débute par la fin du règne de Louis XIV, marqué par de grandes réalisations telles que la coupole de l’église des Invalides, la voûte de la chapelle de Versailles, le chœur de Notre Dame de Paris (Jean Jouvenet, « le magnificat ») ou encore le décor de la nef de l’église de l’abbaye st Germain des Prés. Suit une impressionnante galerie de grands retables (Jean Baptiste Marie Pierre, Carl Van Loo…), qu’il s’agisse d’œuvres pour des maîtres-autels ou des chapelles privées.

Un espace est consacré au décor perdu de la chapelle des Enfants-Trouvés, réalisée par l’architecte Boffrand et ornée par les panneaux de Charles Natoire inscrits dans une incroyable architecture feinte des vénitiens Brunetti. Un spectaculaire décor à l’italienne qui ne survécut malheureusement pas à l’épreuve des temps. On note une imbrication croissante des arts à partir des années 1720 (Charles Coypel à l’église perdue de st Nicolas du Louvre). Cet illusionnisme accentué par l’interpénétration des techniques (peinture, sculpture, architecture) transparaît à l’église st Sauveur, à la chapelle de l’Enfance de Jésus à St Sulpice ou encore à l’église st Roch.

L’exposition ménage par ailleurs une place à la dévotion privée, particulièrement centrée sur la figure de la Vierge. Elle se termine comme le siècle, dans une ambiance néo-classique (David, Drouais, Lavallée-Poussin)…J’ai retenu de cet ensemble assez vaste et surprenant en ce qu’il ménage une place à des artistes plus méconnus, les remarquables esquisses réalisées par Carl Van Loo pour la coupole de la chapelle st Grégoire aux Invalides, dont l’ »apothéose de st Grégoire », caractérisée par un dynamisme prodigieux et une grande maîtrise du trompe l’œil.

Par ailleurs, l’exposition permet de remarquables rapprochements entre dessins et retables, par exemple « l’adoration des anges » de Carl Van Loo, dont la grisaille est plus sensible et délicate que l’œuvre finale, « le christ et les enfants » de Noël Hallé, ou encore entre des projets de divers artistes pour le même décor tels ceux de Vien et Deshays pour l’église st Roch. Les « pèlerins d’Emmaus » de Charles Coypel pour l’église de st Merri surprennent par une composition audacieuse, marquée par des effets perspectifs et des jeux de drapé en continuité avec l’espace réel de la chapelle.

Doyen, le miracle des ardents

La part consacrée aux modelli et aux esquisses est particulièrement appréciable en ce que ceux-ci se révèlent souvent d’une spontanéité et d’une liberté plus grande que les œuvres définitives. Ainsi en est-il de l’esquisse du fameux « miracle des ardents » de Doyen ou encore de celle, très sculpturale et marquée par le baroque romain, réalisée par Durameau pour le catafalque de Marie-Thérèse. « Le Christ en croix » de David, qui clôture l’exposition, est particulièrement impressionnant par son cadrage osé et l’assimilation des leçons du XVIIe siècle en terme de clair-obscur (Caravage), de posture (Reni) et de réalisme des détails (Champaigne).

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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