Ceramix, arts du feu à la Maison Rouge

MAISON ROUGE, Paris, Mars-Juin 2016

Ana Hillar et Oscar Dominguez_Ceramix, Maison rouge, Paris_11 mars 2016

La maison rouge consacre une exposition tout à fait intéressante et surprenante à la céramique, « ceramix, de Rodin à Schütte », au parcours à la fois chronologique, thématique et monographique. Le parcours s’ouvre par la très belle installation murale de Piet Stockmans en porcelaine blanche teintée de bleu, fragments irréguliers comme balayés par le vent « ‘t is the wind » et sur les créations également sérielles et abstraites de Catherine Lee.

Les salles suivantes sont consacrées à des oeuvres plus anciennes : les débuts de la « sculpture céramique » au XIXe avec Rodin et Carriès, la thématique du masque puis le rôle de la céramique auprès des avants gardes (fauves, Picasso, futuristes…). Les techniques exploitées par les artistes sont multiformes : grès, grès émaillé, porcelaine etc. A noter les très belles réalisations italiennes des années 30 d’Albisola et Fillia, objets à la géométrie épurée, visages stylisés marqués par le cubisme et le futurisme…

L’exposition aborde par la suite le thème d’Eros et Thanatos via une salle monochrome, blanche, dont j’ai retenu la délicate vanité de Katsuyo Aoki ainsi que les « entraves » de Rachel Labastie, oxymores visuels d’une grande efficacité associant la fragilité de la porcelaine à la violence des objets représentés, des chaînes d’esclaves. La section s’achève par une impressionnante installation de Bita Fayyazi, artiste iranienne qui couvre le sol et les murs de la fondation de cafards moulés. Une autre section à la thématique géographique tout à fait convaincante est celle consacrée à l’Amérique latine, avec la remarquable réalisation d’Ana Hillar et Oscar Dominguez, sorte de branchage de céramique d’une grande poésie et légèreté et le sol jonché de terres cuites d’archéologue de Carol Young etc.

Je passe sur les sections thématiques de moindre qualité esthétique, telle la salle dédiée à la céramique funk, contre point des grands courants artistiques américains des années 50, qui dégage néanmoins une certaine énergie, ou encore la salle sur le sacré et le profane, consacrée à des artistes détournant l’un des travers de la céramique, le bibelot ou l’objet de dévotion.

L’exposition est par ailleurs parsemée d’espaces monographiques particulièrement réussis consacrés à des artistes plus (Creten, Schütte) ou moins (Elsa Sahal, Leiko Ikemura) connus. Elsa Sahal déploie des formes en céramique ambigües sexuellement, souvent parcellaires, morcelées et plutôt dérangeantes bien qu’elles dégagent parfois une certaine de sensualité. La salle dédiée à Schütte met en évidence le processus créatif à travers des étagères d' »esquisses céramiques », l’artiste conservant aussi bien les oeuvres finies que les échecs, toutefois écrasés. Quant à la salle dédiée à Johan Creten, elle contient quelques oeuvres remarquables telles que « l’homme parfait », « le voile », « burka » et témoigne de la possibilité d’un art céramique engagé et fort visuellement. Enfin, Leiko Ikemura propose quelques figures céramiques décapitées à la fois poétiques dans leur solitude et leur fragilité et perturbantes par la béance qui s’ouvre à leur faîte.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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