Chefs d’oeuvres des musées budapestois

MUSEE DU LUXEMBOURG, Paris, Mars-Juillet 2016

Dürer, portrait d’un jeune homme_chefs d’oeuvres de Budapest_musée du Luxembourg_5 mai 2016

Une exposition qui porte bien son nom, « chefs d’oeuvres de Budapest » : nombre de toiles de maîtres de grande qualité ont fait le déplacement ! Le parcours, essentiellement chronologique, dresse un remarquable panorama de l’art occidental des primitifs italiens à la Sécession viennoise en passant par l’école du Danube (la renaissance germanique), le Cinquecento, tout particulièrement vénitien, l’art de la contre réforme avec des caravagesques et d’admirables toiles du Greco, le XVIIe hollandais entre portraits, paysages et nature morte, la fin du XIXe français avec d’impressionnantes toiles de Cézanne et Monet, tandis qu’une salle un peu plus hardie, dénommée « caractères », propose des confrontations intéressantes (Fussli et Goya, Goya et Manet, Messerchmidt, Ceruti…).

J’ai particulièrement retenu de ce remarquable ensemble, dans la salle consacrée à la renaissance nordique, le « portrait de jeune homme » de Dürer, tout en contraste d’habit et couvre-chef noir sur fond rouge d’une grande intensité, les traits délicats esquissant un léger sourire, la « Salomé avec la tête de saint Jean Baptiste » de Cranach l’ancien, personnage féminin d’un grand raffinement faisant oublier la vision effroyable de la tête tranchée au premier plan et se dessinant sur un fragment de paysage en perspective. Quant à la salle suivante, versant italien de la renaissance, elle propose une remarquable statuette équestre de Vinci, dont la fougue et la torsion évoquent les études pour la bataille d’Anghiari, ainsi qu’un étonnant « christ mort » de Marco Basaiti, christ assez sculptural, le corps à peine marqué par la trace du coup de lance et où l’artiste ménage une étrange trouée latérale sur un ciel bleu, qui témoigne de l »influence de Bellini voire de Mantegna. La part belle est faite aux vénitiens : Tintoret, Véronèse avec une étonnante crucifixion -un halo de lumière semble émaner du crucifié- et un admirable portrait d’homme à la fourrure de sphinx minutieusement dépeinte, sur fond de ruines.

La salle dédiée à l’art post-tridentin confronte caravagesques (Gentileschi, Ribera, Fiss) et oeuvres au style incomparable du Greco dans une grande charge émotionnelle et religieuse. Le « Saint Jacques le mineur » du Greco, aux couleurs très nuancées vert et rouge-rosé, est superbe, plus proche peut-être d’un portrait -par l’intensité du regard, la délicatesse des traits- que d’une peinture religieuse. Elle ménage une place à des oeuvres plus inattendues telle le « st Jérôme » de Blanchard, artiste assez rarement représenté, ou encore le « Tobie et l’ange » de Karel Dujardin, « fiammingo » peut-être plus connu pour ses paysages italianisants que pour sa peinture religieuse. L’âge d’or des Pays-Bas est quant à lui particulièrement bien illustré par une admirable et précoce étude de Rembrandt, la superbe « femme lisant devant une fenêtre ouverte » de De Hooch, avec un traitement de la lumière très abouti tout comme dans la « nature morte avec jambon, pichet d’argent et nautilé monté en coupe » de Willem Claesz Heda, aux couleurs et reflets très étudiés.

Enfin, la dernière salle confronte avec brio des peintres majeurs de la Sécession viennoise (Schiele, Kokoschka) à l’art hongrois contemporain (Merse, Vaszary, Rippl-Ronai…). A voir !

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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