
GALERIE PERROTIN, Paris, 8 janvier-23 février/12 mars 2022
La galerie Perrotin consacre une nouvelle exposition à Lee Bae, artiste coréen disciple et assistant de Lee Ufan, tous deux membres du mouvement Dansaekhwa au début des années 70 fondé sur le rapport harmonieux de l’homme avec la nature, décliné dans des peintures monochromes. L’artiste présente cinq séries d’œuvres soit près de vingt ans de création caractérisés par une même quête, par-delà les supports, les techniques : le noir, dont l’artiste sublime les qualités propres, la profondeur, les reflets, la diversité. Un noir qui absorbe la lumière, quand celui de Soulages la réfléchit.


De fait, dans « Issu du feu », tableaux constitués de morceaux de charbon de bois juxtaposés, collés, animés d’effets moirés, irisés ou nacrés, l’artiste évolue du noir le plus dense au gris clair. Une seconde série « Issu du feu » (White lines) se distingue par l’ajout de petites lignes blanches sur les tableaux de charbon, le pastel gras rythmant la surface et plaçant le noir à l’arrière-plan.
Mon travail est d’abord une attitude qui va générer des formes. Je commence donc calmement avec un pinceau et de l’encre de Chine et je dessine sur des feuilles de papier. […] Le process de travail relève de la mémoire, un peu comme si j’écrivais des carnets. […] Je ne fais jamais d’images figuratives puisque mes formes sont avant tout le reflet de mon esprit, de ma sensibilité, de mon corps, de la façon dont tout cela marche ensemble.
Lee Bae, entretien avec Henri-François Debailleux, décembre 2019, Art absolument
La série « Landscape » se fonde sur le contraste entre le blanc et le noir, radicalement séparés. La géométrie des compositions est toutefois quelque peu brouillée par le débordement du noir de charbon, friable, sa densité propre et l’irrégularité voulue de la frontière entre les deux espaces ainsi définis.


Dans Untitled et Brushtroke, le contraste demeure entre le blanc de la toile matifiée par une couche d’acrylique ou celui, plus discret et léger, de la feuille et le noir de l’encre ou de la poudre de charbon qui dessine des formes abstraites d’une grande sobriété. La dernière série se singularise par sa fluidité calligraphique -l’artiste jouant sur les dégradés et effets de transparence du noir-, son mouvement formel et sa fulgurance gestuelle, fruit tout à la fois d’une grande maîtrise physique et d’une intense concentration, tandis que dans Untitled la forme résultait d’un travail de répétition formelle et de superposition rigoureux.
L’exposition présente par ailleurs quelques sculptures ou installations de l’artiste, réalisées à partir de bois brûlé ou de charbon modelé en boule ou en pointe : en relief, le vide des formes et leur relation à l’espace alentour se substituant au plan, au blanc de la toile ou du papier dans son dialogue avec la matière et la couleur premières de l’artiste : le charbon et ses dérivés, noirs et cependant chargés symboliquement et susceptibles d’accompagner la quête spirituelle de l’artiste, qu’ils évoquent le temps, le cycle de la vie et de la mort, l’empreinte du corps, l’énergie, des traditions artistiques ancestrales –la calligraphie coréenne usant d’encre de chine à base de suie- ou certaines démarches de l’abstraction occidentale et de l’Arte Povera. Un appel à la méditation d’une remarquable force et beauté plastiques.
https://www.artforum.com/picks/lee-bae-87757




















