Coupoles parmesanes de Correggio : San Giovanni Evangelista, Parma

Correggio, vision de st Jean à Patmos, 1520 24

Le complexe bénédictin de san Giovanni Evangelista remonte au Xe siècle, l’église actuelle (1490-1519), en croix latine, marquée de piliers cruciformes, comprend trois nefs couvertes de voûtes croisées et une coupole à l’intersection des bras, dans un style manifestement renaissant : les piliers cannelés de pierre grise et les élégants chapiteaux composites s’inspirent de Brunelleschi à San Lorenzo de Firenze, les festons de certains chapiteaux, le Tempio Malatesta de Rimini (Alberti), l’alignement des chapelles qui flanquent le presbytère répond aux besoins de perspective. La façade, du début du XVIIe siècle, est l’œuvre déjà baroque de Simone Moschino et Hiovan Battista Carra da Bissone ; son clocher, construit en 1618 par Giovanni Battista Magnani, s’élève à 76 mètres et est le plus haut de Parma.

Mais le choix le plus novateur réside dans la décoration de l’édifice. Les croix et les arcs de la nef centrale ont été peints vers 1520 avec des candélabres, des angelots et des symboles de san Giovanni Evangelista, par le peintre siennois Michelangelo Anselmi présent à Parme entre 1516 et 1520, maillon essentiel entre le maniérisme toscan et la culture artistique locale. Les grotesques qui ornent les demi-piliers, la frise qui longe les murs de la nef, constituée d’un motif monochrome répétitif représentant le sacrifice de l’agneau et un autel, de prophètes et de sibylles tenant des écrits illustrant l’histoire du Christ, les arches ornées de figures monochromes de héros bibliques, sont l’œuvre de Correggio (1522-1523). L’abside est ornée d’une Transfiguration inspirée de Raphaël, œuvre de Bedoli (1556) et d’une copie de 1586 de la fresque du Couronnement de la Vierge de Correggio détruite lors de l’extension de l’abside, dont un fragment est conservé au palazzo della Pilotta.

Correggio, Incoronazione della Vergine, 1522_Palazzo della Pilotta, Parma

Le couronnement se singularise par la beauté plastique du Christ et de la Vierge, une palette d’une grande douceur dans les tons bleu, rose et or, et la grande sensibilité par laquelle l’artiste saisit le caractère royal de la scène. La gestuelle, d’une incroyable originalité, exprime tout à la fois la soumission, accentuée par l’inclinaison de la tête de la Vierge, ses coudes levés et la main doucement tendue du Christ, et l’amour, une tendresse sublime éclairant notamment le visage de la Vierge.

Autre œuvre d’une incroyable beauté : la lunette de san Giovanni, dépeint à un jeune âge, dans une attitude inspirée ; ou encore la fresque en sous-arche (1524) d’une chapelle représentant le Christ et les saints Pierre et André à droite, la chute de saint Paul à gauche, toutes deux œuvres de Correggio. On relève également dans l’église plusieurs œuvres admirables de Bedoli, d’Anselmi telles que le Portement de croix de 1522, impressionnant par la construction toute chromatique de la figure, les figures de sant’Agnese et Santa Caterina et de Parmigianino telles que Sant’Agata, Sant’Apollonia, Santa Lucia, Nicola di Bari et Hilaire ou encore San Vitale tenant un cheval qui se projette illusoirement hors de l’espace.

L’acmé de ce décor se situe toutefois dans la splendide coupole (1520-1524), légèrement ovale, qui surmonte la croisée du transept, éclairée par les quatre oculi du tambour. Correggio annule ici la limite physique de l’architecture en créant l’illusion d’un espace fictif : un ciel avec au centre le Christ en gloire, vêtu de blanc, dans un cercle de lumière (Parousie). Les nuages structurent la composition, leur étagement créant tout à la fois un effet de profondeur, un appui pour les personnages et le biais par lequel l’artiste cache et dévoile. Si l’on peut songer à une ascension, le mouvement du Christ n’en est pas moins, d’après les draperies, descendant tandis que le saint titulaire de l’église, est allongé, flanqué de son aigle, sur la corniche de la coupole, les yeux vers le Christ, au-dessous du cercle des apôtres, assis sur des nuages à la base du tambour. Les pères de l’Eglise et les évangélistes ornent les pendentifs (san Marco, san Gregorio Giovanni, san Agostino, san Luca, san Ambrogio, san Matteo, san Girolamo). Leurs symboles sont représentés, en monochrome, parmi des anges le long du tambour.

Le thème de la coupole est en réalité la vision de saint Jean à Patmos lequel, au moment de sa mort, aurait vu le Christ entouré des autres apôtres.

J’étais dans l’île appelée Patmos, à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus.

Je fus ravi en esprit le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte, comme une trompette, qui disait :

Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Eglises qui sont en Asie: à Ephèse, à Smyrne, à Pergames, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée.

Alors je me retournai pour voir quelle était la voix qui me parlait; et quand je me fus retourné, je vis sept chandeliers d’or,

et, au milieu des chandeliers, quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme; il était vêtu d’une longue robe, portait à la hauteur des seins une ceinture d’or ;

sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu ;

ses pieds étaient semblables à de l’airain qu’on aurait embrasé dans une fournaise, et sa voix était comme la voix des grandes eaux.

Il tenait dans sa main droite sept étoiles; de sa bouche sortait un glaive aigu, à deux tranchants, et son visage était comme le soleil lorsqu’il brille dans sa force.

Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort; et il posa sur moi sa main droite, en disant :

Ne crains point; je suis le Premier et le Dernier, et le Vivant; j’ai été mort, et voici que je suis vivant aux siècles des siècles ;

je tiens les clefs de la mort et de l’enfer. Ecris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver ensuite,

le mystère des sept étoiles que tu as vues dans ma main droite, et les sept chandeliers d’or. Les sept étoiles sont les anges des sept Eglises, et les sept chandeliers sont sept Églises.

Apocalypse selon saint Jean

Marqué par les œuvres de Raphaël et Michel-Ange à Rome (stanze, Sixtine), Correggio use de la puissance de la lumière, de l’expressivité plastique des corps représentés dans une perspective réaliste et en mouvement sans pour autant perdre en grâce. L’artiste parvient à impliquer physiquement, visuellement et spirituellement le spectateur et anticipe d’ores et déjà le baroque.

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