MUSEE DU LOUVRE, Paris, Mars-Mai 2016

Belle exposition consacrée au peintre de ruines Hubert Robert au Louvre, érudite bien que sans surprises. Après quelques portraits de l’artiste par des proches, Pajou et Vigée Lebrun, une galerie de dessins, notamment de sanguines, introduit l’exposition. Les thématiques abordées sont pour la plupart attendues : le voyage d’Italie, le parallèle entre Fragonard et Hubert Robert, l’anticomanie avec un rappel de l’impact de Winckelmann sur l’art des années 1750-60 et ultérieur, le parallèle entre Piranesi et H Robert -qui souffre toutefois de l’absence d’estampes du maître mais propose de remarquables toiles d’arches et de ponts d’H Robert etc.
Le titre de l’exposition, « un peintre visionnaire » est justifié par une ouverture sur la thématique du sublime où le peintre aborde de nouveaux sujets : la montagne, Rome incendiée…
Edmund Burke le définit ainsi :
Tout ce qui est propre à exciter les idées de la douleur et du danger, c’est-à-dire tout ce qui est en quelque sorte terrible, tout ce qui traite d’objets terribles, tout ce qui agit d’une manière analogue à la terreur, est une source de sublime.
Le sublime d’H Robert n’a toutefois rien de romantique ni de véritablement visionnaire, il demeure classique -dans la tradition d’un Poussin auquel l’artiste rend d’ailleurs un hommage direct dans « les bergers d’arcadie »-, équilibré en terme de composition, clair et « italien » en ce qui concerne les dominantes chromatiques.
L’exposition présente ensuite d’autres aspects de la création d’H Robert : le peintre décorateur, proposant de vastes panneaux en réponse à des commandes à Fontainebleau ou à l’Hôtel d’Auteuil, le peintre auteur de jardins, évoqué à travers quelques toiles représentant Versailles, Méréville…, le peintre dessinateur de pièces de porcelaine (Sèvres) ou de mobilier traduit par l’ébéniste Jacob…Elle s’achève sur la place du Louvre et de Paris dans l’oeuvre d’Hubert Robert : la construction de l’école de chirurgie de Gondoin, la démolition des maisons du pont Notre Dame et -pendant la période révolutionnaire-, la démolition de la Bastille.
Une exposition dense et plutôt exhaustive avec quelques très belles oeuvres telles que ‘les jeunes filles dansant autour d’un obélisque’, emblématique d’un art entre la réflexion sur la fuite du temps et le pittoresque (H Robert introduit dans la plupart de ses ruines de petites scènes de genre, anecdotiques mais pleine de vie). A noter également de remarquables rapprochements entre dessins « préparatoires » et toiles, notamment l’escalier de la villa Farnese à Caprarola. L’artiste décalquait ses sanguines afin de garder une trace de ses créations avant de les vendre, disposant ainsi d’un recueil de motifs qu’il pouvait reprendre des années après : on voit ainsi ressurgir des compositions, des sujets, au fil du parcours…



















