De la nécessité de l’Art – 19e jour – Formes hélicoïdales

Minaret de la grande mosquée al-Mutawakkil de Samarra

Bien, le week-end approche, prenons un peu de hauteur en images, guidés par la célèbre « Tour de Babel » de Bruegel, 1563, à défaut de s’élever dans les airs…Elévation, ascèse spirituelle et épure formelle…L’hélicoïde vient du grec hélix, qui signifie spirale (du grec spirea, enroulement, système dynamique de cercles concentriques qui se concentre ou se développe). Il désigne un déplacement dans l’espace produit d’une rotation autour d’un axe. C’est un symbole de croissance et de décroissance, d’évolution cyclique née du principe de rotation, de permanence dans le mouvement, d’équilibre dans le déséquilibre, de cheminement, de progression circulaire et ascensionnelle. Une forme certes géométrique mais également organique, si l’on songe aux coquilles de mollusques, aux tornades, aux brins d’ADN…

Sandro Botticelli, La carte de l’Enfer, 1485-95

Certes moins fréquent que des formes géométriques plus simples dans l’art, on en trouve néanmoins d’admirables représentations peintes ou dessinées, qu’il s’agisse de l’Enfer de Dante illustré par Botticelli (1485-95), -spirale centripète comme le sera le Guggenheim de New-York de Frank Lloyd Wright, 1959-, de la tour de Babel peinte par Pieter Bruegel en 1563, ou encore des projets de monuments à la 3e Internationale de Tatline. Les exemples les plus impressionnants relèvent toutefois du champ architectural, qu’il s’agisse d’éléments architecturaux : ordre ionique, escaliers des châteaux renaissants de Chambord et de Blois, escalier du palazzo Contarini de Venise (XVe siècle) ou Tulip stairs du Queen’s house, Inigo Jones, 17e etc. ou de tours.

La plus stupéfiante des tours de forme hélicoïdale est bien entendu le sublime minaret abbasside de la grande Mosquée al-Mutawakkil de Samarra (847-852, « Malwiya »), source probable du tableau de Bruegel et du minaret de la mosquée abbasside d’Ibn Tulun, au Caire (876-879).

A l’époque baroque, la spirale se retrouve dans l’architecture incroyablement novatrice de Francesco Borromini (Chiesa sant’Ivo alla Sapienza) et de Guarini (cupola della cappella della Sindone, Turin ; Chiesa san Lorenzo, Turin). Borromini rompt de fait avec la tradition renaissante et le principe de multiplication et de division d’une unité de base (le diamètre de la colonne), la référence anthropomorphique, au profit de formes extravagantes nées de la division d’une configuration géométrique cohérente en sous-unités géométriques, non sans références à l’architecture romane et surtout gothique. Il donne naissance à des espaces déstabilisants en terme de perception de l’espace, d’une remarquable beauté structurelle et visuelle, reposant entièrement sur l’architecture, une architecture-sculpture comme l’entendra plus tard Gehry, d’une redoutable puissance plastique et se suffisant à elle-même à l’inverse d’un Bernini pratiquant la fusion harmonieuse des différents arts (architecture, peinture, sculpture).

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