MUSEE DU LOUVRE, Paris, Août 2017

Visiter le Louvre au mois d’août, en particulier les salles dédiées à la peinture italienne, ça fait tout de même réfléchir sur la démocratisation culturelle : des gardiens incapables de vous dire ce qu’il est advenu d’une pièce pourtant majeure de la grande galerie, le « condottiere » d’Antonello da Messina, des milliers de personnes qui défilent à vive allure devant les œuvres armés de leur téléphone portable et ne semblent ralentir que lorsque leur guide leur signale une pièce maîtresse pour finir par s’agglutiner devant une « Joconde » impassible derrière sa barrière de verre et sa distance de sécurité, des œuvres qui pâtissent manifestement de cette affluence et de la température ambiante loin de toute norme de conservation, un brouhaha constant.

Devant la Joconde_Louvre, Paris_collections permanentes_9 août 2017 
Boltraffio, Pala Casio_Louvre, Paris_collections permanentes_7 août 2017
Qu’il n’y ait pas méprise, je préfère largement un musée plein de vie(s) à des salles désertes, quelle que soit la mélancolie désuète mais douce que cela peut faire naître. Toutefois, on peut s’interroger sur la possibilité d’une véritable émotion esthétique dans ces conditions propres à un monde saturé d’images et où la reproduction à outrance de certaines œuvres semble commander ce que l’on doit légitimement contempler.

Titien, la femme au miroir_Louvre, Paris_collections permanentes_9 août 2017 
Bronzino, portrait d’homme tenant une statuette_Louvre, Paris_collections permanentes_7 août 2017
Cette interrogation, Baudelaire à l’heure de la reproduction gravée se la posait déjà :
Il y a dans le monde, et même dans le monde des artistes, des gens qui vont au musée du Louvre, passent rapidement, et sans leur accorder un regard, devant une foule de tableaux très intéressants quoique de second ordre, et se plantent rêveurs devant un Titien ou un Raphaël, un de ceux que la gravure a le plus popularisés ; puis sortent satisfaits, plus d’un se disant : « Je connais mon musée ».
A cette attitude Baudelaire opposait favorablement celle de l’enfant, dominé par la sensibilité et l’imagination :
L’enfant voit tout en nouveauté, il est toujours ivre. Rien ne ressemble plus à ce qu’on appelle l’inspiration que la joie avec laquelle l’enfant absorbe la forme et la couleur.

Bronzino, portrait d’homme tenant une statuette 
Pisanello, portrait d’une jeune princesse de la maison d’Este
Le revers positif de ce constat c’est qu’en dehors des Vinci, les œuvres demeurent singulièrement accessibles et la galerie s’allège de ses visiteurs sitôt passée la salle de la « Joconde »…Par ailleurs, si la plupart des chefs d’œuvres sont inamovibles, il y a eu des changements d’accrochage, des retraits d’œuvres (le « condottiere » déjà cité, « la circoncision » attribuée à Giulio Romano) et donc de nouvelles venues…








































