Des artistes et des abeilles…

ESPACE TOPOGRAPHIE DE L’ART, Paris, Novembre 2018 – Janvier 2019

Emma Bourgin, vitrail #5, 2018, cire d’abeille papier soie miel abeilles

Autre démarche qui s’efforce d’interroger notre rapport à la nature, « des artistes et des abeilles », à l’espace topographie de l’art. Une exposition collective d’artistes utilisant la cire ou le miel comme médium ou s’intéressant à l’organisation des abeilles, leur rôle en terme de biodiversité, leur morphologie, leur mode de communication.

L’installation proposée par Emma Bourgin est particulièrement intéressante par le contraste entre une vaste tenture de papier de soie de la couleur du miel, troublante, délicate et tactile, par ses effets de coulures et de transparences, et les pavés parisiens couverts de cire qui jonchent le sol à ses pieds (« vitrail #5 », 2018 et « sous les pavés la sueur », 2018). Parmi les coulures, on distingue des corps d’abeilles mortes évoquant la menace de disparition des espèces et à plus long terme du vivant.

Autre pièce de qualité, les masques d’Emma Dusong, suspendus à quelques pas de distance. Des masques de cire et de bronze pleurant des larmes de miel et de glace qui forment des flaques sur le sol. Là aussi, il s’agit de donner lieu à une forme d’expérience du vivant, de rendre compte, par le matériau, de sa fragilité, de sa nature éphémère (« larmes », 2015). Elle se dessine sur un triptyque photographique de Patrick Tosani « figure aérienne, figure libre, figure imposée » qui questionne ici l’image et le processus photographiques par le prisme des abeilles, leur danse dans l’espace, les jeux d’échelles…Le medium photographique est également présent par une série d’Evelyne Coutas qui use du miel comme d’un matériau chimique afin de travailler les notions d’éphémère et de transformation. Des images à la limite de l’abstraction (« attrape cœurs », 2017).

Erik Samakh expose quant à lui de très poétiques « gouttes de miel » inscrites dans des pièces de verre soufflé et incurvé. Là aussi, il en émane une impression de précarité et de beauté simple. Ces gouttes voisinent avec un « essaim », branche de frêne totalement dénudée et dressée dans l’espace. Tout aussi épurées se révèlent les pièces de Michel Aubry, constituées de cire d’abeille coulée dans des formes polygonales et inspirées d’instruments sardes dont elles constituent pour l’artiste l’équivalent plastique et géométrique, ou inspirées –dans un même jeu de rapprochement entre le son et l’objet- de pochettes de disques (« wax suite », 1990-2018).

Elles dialoguent avec deux grès émaillés de Creten Johan reprenant la forme, quelque peu anthropomorphe, des ruches traditionnelles flamandes et rappelant l’organisation communautaire étonnante des abeilles (« community one and two », 2013. Laure Tixier évoque également la ruche et son organisation sociétale, mais sous une forme beaucoup plus architecturale dans ses « Tours Degas », 2017 en cire. A noter enfin une suite d’œuvres vidéo dont la vidéo-performance « Springtime » de Jeroen Eisinga où l’on voit un homme immobile recouvert par un essaim et disparaissant peu à peu sous la multitude d’abeilles mouvantes, miroir singulièrement inversé et puissant de l’évolution actuelle.

http://www.topographiedelart.fr/…/Des-artistes-et-des…

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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