Dessin, musique…bruit blanc

ESPACE TOPOGRAPHIE DE L’ART, Paris, Avril – Juin 2018

GALERIES GOUNOD, PARTICULIERE, ALMINE RECH, XIPPAS, Paris, Juin – Juillet 2018

GALERIE ERIC DUPONT, Paris, Mai-Juillet 2018

Mathieu Weiler, consumation histoire de l’art encre de chine, 2018_Bruit blanc_topographie de l’art_16 juin 2018

Quelques découvertes intéressantes dans l’exposition « Bruit blanc » qui se déploie dans le magnifique espace topographie de l’art, même si elle convoque des artistes plutôt à la marge et de qualités diverses. Se dégage néanmoins de ce regroupement quelque peu hétéroclite une communauté de techniques (le dessin) et d’influences (la musique, particulièrement la musique rock en ce qu’elle bouleverse les classifications traditionnelles en constituant une culture en soi, que nombre d’artistes exposés pratiquent et qui entre en cohérence avec leur création graphique).

Le commissariat s’appuie sur les propos de Georges Didi-Huberman :

La puissance d’une image n’est pas proportionnelle à son inscription dans le registre des beaux-arts (2014).

Ce sont néanmoins les artistes les plus proches des codes de la création contemporaine qui m’ont semblé les plus pertinents, soit les remarquables compositions de Rainier Lericolais (« alcuni donna »), la fascinante suite d’encres de Mathieu Weiler, qui revisite l’histoire de l’art (« consumation. Histoire de l’art ») ou encore les collages délicats de Julien Langendorff. Rainier Lericolais, plasticien et musicien, explore les liens entre ses deux disciplines à travers des œuvres assez hybrides et expérimentales. Sa série de lithographies présente un remarquable jeu de pleins et des vide et donne naissance, par l’association de formes simples, à des silhouettes féminines d’une réelle poésie. Les encres de Mathieu Weiler s’inspirent de l’histoire de l’art pour faire surgir des images nouvelles. L’artiste emploie les pages brûlées, fragmentées, d’un livre de Gombrich, sur lesquelles il dessine par des hachures à la plume rehaussées à l’encre : les images brûlées d’œuvres connues apparaissent alors sur les fonds noirs en négatif et produisent des œuvres complexes et riches, d’une grande force.

Julien Langendorff est marqué par le rock :

La musique est l’air que je respire depuis que j’ai découvert le premier album de Led Zeppelin à 8 ans dans la collection de disques de mon père. Les premières notes de « Good Times Bad Times », la partie de batterie ésotérique de John Bonham s’entremêlant à la guitare serpentine de Jimmy Page sonnaient un peu comme la bande-son glorieuse de mon intronisation au monde que je cherchais sans le savoir. L’aspect visuel de la musique, les pochettes de disques qui donnent leur couleur si particulière et définitive aux chansons, les posters, flyers, vidéoclips ont toujours été mes références artistiques principales […]. Ma pratique artistique est depuis le début imprégnée de mon rapport à la musique, instinctive, organique, bricolée, adolescente – la recherche de l’harmonie parfois dans le chaos et l’agencement toujours fragile de la matière et du sens renvoyant, selon moi, au même processus artisanal qui traverse la composition d’une chanson ou d’un poème.

Ses collages en témoignent par des références iconographiques (squelette, oiseaux de mauvaise augure…), un graphisme épuré, des coloris contrastés et d’une réelle efficacité visuelle.J’ai particulièrement apprécié par ailleurs la série de dessins tout à la fois morbides et aériens, d’une grande minutie et d’une impressionnante épure, du norvégien Sindre Foss Skancke, marqué par le black métal. L’artiste sonde les mouvements les plus sombres de la nature humaine et ce de manière de plus en plus abstraite et minimale. Une danse macabre contemporaine. L’exposition présente enfin quelques dessins de l’écossais David Shrigley, caractérisés par une grande simplicité formelle et une ironie corrosive ; une suite de dessins assez sauvages, aux couleurs intenses et pour partie érotiques d’Arrington de Dionyso ; une série plus intimiste, tout à la fois inquiétante et fabuleuse, de Fanny Michaëlis -illustratrice de livres pour enfants- ; des pièces de Jean-Luc Verna, qui mêle les références à l’histoire de l’art et à la musique rock etc.

A voir également les peintures paplimpsestes et sombres de Pierre Aghaikian, particulièrement ses grands formats hérités de la peinture d’histoire mais nourris de références populaires et contemporaines, galerie Gounod ; la singulière approche du monde urbain du photographe Michael Wolf à travers sa nouvelle série « Transparent city », la galerie particulière, qui alterne des vues d’immeubles et des focus pixellisés sur l’intimité de leurs occupants, la monumentalité du bâti et la fragilité de l’humain ; les « puddles paintings » de John M Armleder, galerie Almine Rech, réalisées à plat à partir du déversement de matières hétéroclites : peinture acrylique, vernis, poudres, paillettes…et caractérisées par un processus de création qui laisse place au hasard des réactions entre les matériaux et des effets du redressement des toiles. Un « pudding culturel », un magma assez informe et à la limite du kitch (http://www.paris-art.com/john-m-armleder-galerie-almine…/ ; une vaste installation de toiles, d’impressions numériques et de textes de Peter Halley, héritier du pop et du minimalisme, qui investit l’ensemble de la galerie Xippas et ménage une part importante à l’architecture, laquelle participe de l’inspiration et du vocabulaire de l’artiste et est l’objet premier du texte de Jill Gasparina qui se répand sur les murs en reprenant les thématiques du peintre : planification urbaine, développement du numérique, liens entre modernisme et postmodernisme…; une nouvelle suite de toiles de Damien Cabanes galerie Eric Dupont : fleurs, vues d’atelier :

Le fil rouge serait peut-être que je ne cherche jamais à illustrer une idée mais à incarner une émotion dans chaque matériau propre à lui-même.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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