LOUVRE, Paris, Juin – Septembre 2019

Si l’organisation et l’activité actuelles du musée du Louvre suscitent de légitimes inquiétudes (https://www.latribunedelart.com/le-bilan-tres-peu-mitige…), il n’en demeure pas moins que l’exposition d’une part de la collection Mariette est incontournable pour tout amateur de dessins de maîtres. Pierre-Jean Mariette (1674-1774), fils d’un libraire-éditeur et graveur parisien, a réuni au cours de son existence l’une des plus remarquables collections de dessins qui fut, collection identifiable par les élégants montages voulus par le collectionneur (papier bleu à bandes dorées et cartouche). Tout comme Vasari, Mariette considérait le dessin comme l’expression la plus vraie du génie et la base de toute étude de l’art, une étude nourrie par ailleurs par un voyage en Italie (1718-1719), d’intenses échanges –notamment épistoliers- avec de grands amateurs et érudits du temps (Caylus, Crozat, Bottari, Crespi, Gaburri…), des discussions au sein de l’Accademia del Disegno de Florence ou de l’Académie royale de peinture et de sculpture dont il fut « associé libre » puis « honoraire amateur » ainsi que la rédaction de plusieurs catalogues majeurs tels que le catalogue de la vente de la collection Crozat en 1741 dressé par écoles et proposant des développements sur les artistes et des données de provenance des dessins.
On peut certes regretter la modestie de l’exposition (une centaine de feuilles sur les quelque 9600 réunies par Mariette), centrée sur l’Ecole italienne et les collections du musée, alors que la collection Mariette se voulait encyclopédique, -réunissant aussi bien de grands artistes que des petits maîtres, des feuilles des écoles italiennes que des dessins des écoles nordiques et françaises-, emblématique de l’histoire du dessin et qu’elle a par ailleurs été dispersée à la mort du collectionneur et ne se réduit pas aux fonds parisiens. Quoiqu’il en soit, la qualité des quelques pièces actuellement exposées est remarquable, qu’il s’agisse de la « tête de satyre » de Michel Ange, d’un admirable dessin préparatoire pour la chambre d’Héliodore du Vatican, de Raphaël (« tête d’ange de profil »), d’une « scène de pêche » qui sera reprise sur les murs du Palazzo Te à Mantoue, de Giulio Romano, de beaux dessins préparatoires du Parmesan pour la « Madone au long cou » des Offices et du Primatice pour la galerie d’Ulysse de Fontainebleau (« Jupiter parmi les dieux »), d’un étonnant dessin d’après nature du maniériste Beccafumi, « le supplice de l’estrapade », ou encore, pour le XVIIe, des admirables études réalisées par Annibal Carrache en vue de la réalisation de la galerie Farnese à Rome (ignudi) ou par le Dominiquin pour les pendentifs de l’église San Andrea della Valle (« st Luc l’évangéliste), d’une sanguine de très belle tenue du cavalier d’Arpin (« homme drapé de dos »), de dessins du Baciccio, de Ludovico Carrache, Lanfranco, Reni…
Par ailleurs, le recours aux écrits du collectionneur pour commenter certains dessins m’a semblé tout à fait pertinent et vivifiant. Mariette dit ainsi de « la tête de satyre » :
J’ai un très beau dessin de Michel-Ange assez singulier. C’est une tête d’un faune ou satyre vu de profil, et de grandeur presque naturelle, que Michel-Ange a dessiné à la plume, avec tout l’art et la science dont il était capable, sur une autre tête de femme au crayon rouge, qui avait été dessinée précédemment sur le même papier par un pauvre ignorant.
A voir jusqu’au 30 septembre. Pour approfondir : l’abecedario de Mariette et d’autres textes sont consultables en ligne sur Gallica.













