GALERIE BUCHER JAEGER, Paris, Septembre – Décembre 2018
GALERIE MENNOUR, Paris, Octobre _ Décembre 2018, Octobre – Novembre 2018
GALERIE 2248m2, Oaris, Septembre – Octobre 2018

Du côté des galeries d’art ce week-end, à noter une remarquable exposition sur « les Russes à Paris », galerie Bucher Jaeger », rue de Seine, en prolongement de l’exposition consacrée à l’avant-garde russe à Vitebsk par le centre Pompidou cette année. La galerie, dont la fondatrice a rencontré l’artiste à ses débuts, présente de superbes toiles de Nicolas de Staël, au traitement encore proche d’un Magnelli dans « eau de vie », 1948, « composition », 1945, ou « composition », 1948, plus singulier et personnel dans « Lavandou » et « paysage », 1952. Ces deux dernières toiles se caractérisent en effet par une plus grande épure, un retrait de la matière par le couteau laissant place à un vaste ciel bleu-gris qui contraste avec les formes colorées et géométriques du paysage. Entre abstraction et figuration. Si les œuvres de Kandinsky exposées ne m’ont pas particulièrement émues, beaucoup trop décoratives, j’ai particulièrement remarqué « red and black composition », 1948, de Youla Chapoval, de part sa grande qualité de composition et la subtilité des coloris ainsi qu’une belle « composition », 1955, de Poliakoff, toute en épure.

Trouvé Tatiana_galerie Mennour_2 novembre 2018 
Panayiotou Christodoulos_galerie Mennour_2 novembre 2018
La galerie Mennour présente le travail de Tatiana Trouvé et Christodoulos Panayiotou dans ses espaces du 6e arrondissement. Trouvé met en scène l’atelier comme lieu d’expérimentation.
L’atelier est à la fois un espace physique et un espace psychique. Il est relié à tout un ensemble d’êtres et de choses qui le constituent, mais il est aussi un milieu où les idées et les choses se relient […], animé par l’esprit, par le conscient et par l’inconscient, par les choses elles-mêmes. […] Dans l’environnement de l’atelier, tout objet est alors amené à se transformer et à trouver une nouvelle définition, que ce soit dans sa manière de se relier aux autres […] dans sa matérialité, dans ses dimensions…
Des objets fossilisés, des installations déconcertantes travaillant la mémoire des objets et des lieux. Panayiotou développe une réflexion sur l’image et sa désertion à travers un jeu de dissimulation, de recouvrement et d’absence. Il dépose à l’entrée de l’exposition des lingots issus de la fusion de pièces utilisées pour l’éclairage d’une œuvre du Caravage dans l’église santa Maria del Popolo, symbole d’un douteux supplément de clarté apporté par l’argent. Dans le même esprit, un morceau de marbre, matériau noble, est déqualifié par la mention « bastardo », qui signale sa moindre qualité tandis qu’ »untitled » s’inspire d’une œuvre d’Antoniazzo Romano dont les auréoles des saints sont réduites ici à quelques cercles, incarnant tout à la fois l’interdit de représentation du divin par l’iconoclasme et une certaine épure minimaliste, iconoclasme également présent dans « 1525, Freitage Post Purificationem », évocation d’une pétition d’artistes à Strasbourg pour réclamer du travail alors que la Réforme condamnait toute évocation visuelle de la Parole.
Enfin, un petit tour à Belleville m’a permis de découvrir quelques pièces de Jean-Baptiste Caron, travail que Théo-Mario Coppola analyse comme « à l’interstice du langage post-conceptuel et de protocoles d’illusion ». Un travail énigmatique à l’heure d’une post-modernité faite de virtualité, de doute, de relativité, de dislocation de la vérité et de relativisme éthique. Travail de l’interstice, de l’entre-deux, perturbant nos certitudes. Un tourne-disque est ainsi mis à disposition du spectateur qui s’attend à une œuvre sonore lorsqu’il se retrouve avec l’enregistrement de sa propre voix et de ses déplacements au sein de la galerie (« le bruit des mondes », 2018). Est-on donc le matériau dont est constituée cette pièce. On découvre que l’on a été enregistré, qu’adviendra-t-il de ces enregistrements, s’effacent-ils à chaque nouvelle visite ? Incertitude. Perturbation. Les process à l’œuvre sont dissimulés, rendant chaque pièce énigmatique. Une autre proposition nous expose à deux néons (« sans titre (jaune-bleu) », « sans titre (vert-rose)) dont semble émaner, après une longue contemplation, des impressions colorées malgré leur blancheur apparente. Une mise à l’épreuve de notre entendement.
http://www.2248m2.com/2015/04/textes.html

















