QUAI BRANLY, Paris, Novembre 2018 – Avril 2019

Le musée du quai Branly propose une remarquable exposition consacrée à la vannerie japonaise en bambou et soulève implicitement la question de la limite entre art et artisanat ou dit de manière plus provocante (de la part de quelqu’un qui pense fondamentalement qu’il est peu d’actions humaines plus utiles et essentielles), celle de l’inutilité de l’art ! Si l’artiste, à l’image de l’artisan, transforme le réel pour créer une pièce, si l’un comme l’autre peuvent donner lieu à l’expression d’une certaine beauté -quoique le XXe siècle se soit attaché à la détruire selon Barnett Newman-, la création de l’artiste ne semble pas avoir d’autre fin qu’elle-même tandis que celle de l’artisan conserve indéniablement une dimension fonctionnelle et..intéressée. Si l’un comme l’autre possède une grande dextérité technique, un savoir-faire manifeste acquis au cours de longues années d’apprentissage, l’artiste utilise cette compétence sans se contenter de la mettre en pratique avec un objectif déterminé, à l’instar d’un matériau qu’il transcende dans son œuvre en s’y investissement physiquement et spirituellement, au gré du processus de création.

Yonezawa Jiro 
Sugiura Noriyoshi
Il émane de l’ensemble des pièces réunies une incroyable poésie, sensible dans les titres chargés de spiritualité et en rapport étroit avec la nature (« connexion entre le passé et le futur », « illumination », « réincarnation », « rayons de lumière sur une montagne rocheuse », « brise de rivière », « averse du soir ») et la qualité formelle de nombre d’entre elles, bien que leur origine soit liée à la « cérémonie du thé » et à la création de vases décoratifs pour l’arrangement floral (ikebana).
Peu à peu, les vases d’une époustouflante qualité technique d’un IIzuka Rokansai ou d’un Tanabe Chikuunsai I et II se libèrent de toute fonctionnalité et deviennent de pures réalisations sculpturales, caractérisées par leur légèreté, leur maîtrise de l’espace et la qualité des formes abstraites et/ou organiques (« branches et feuilles », « dragon couché », « femmes »). C’est le cas des réalisations de Honda Shoruy, Nagakura Ken’ichi, Sugiura Noriyoshi, Uematsu Chikuyu ou Yonezawa Jiro.
La seconde exposition en cours au musée du Quai Branly, consacrée aux arts de Madagascar, ne m’a en revanche pas convaincue à l’exception de quelques pièces textiles (lamba) et d‘étonnants aloalo (poteaux funéraires).

Aloalo 
Madame Zo, textile contemporain 
sculpture masculine et féminine 19e





















