Entre France et Japon, la collection Bridgestone

MUSEE DE L’ORANGERIE, Paris, Avril-Août 2017

Picasso, saltimbanque aux bras croisés, 1923_Tokyo Paris collection Bridgestone_musée de l’Orangerie_29 avril 2017

La collection Bridgestone, réunie par l’industriel Shôjirô Ishibashi et ses enfants, propose un remarquable ensemble d’œuvres emblématiques de l’art occidental de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle, par-delà quelques incursions dans la création japonaise du XXe siècle (peinture yôga influencée par l’art occidental, remarquable nature morte de Tsuguharu Fujita, artiste japonais installé à Montparnasse dès 1913 et à la ligne claire associant humour, vivacité, thématique populaire de l’estampe et technique européenne, Gutaï et l’abstraction contemporaine etc.). Elle met ainsi en exergue les liens artistiques établis tout particulièrement entre le Japon et la France.

Si le cœur de la collection est constituée de toiles impressionnistes (Monet, Sisley, Degas, Caillebotte, Renoir, Manet…), elle ménage une belle place aux pré-impressionnistes (Corot, Daumier, Courbet…) et aux post-impressionnistes (Cézanne, Gauguin, Van Gogh…). Les artistes des principaux courants du premier XXe siècle -cubisme, fauvisme, surréalisme, 1r école de Paris etc.- sont également bien représentés (Picasso, Matisse, Modigliani, Chirico, Brancusi, Mondrian, Soutine, Mondrian, Klee, Zadkine, Miro…).

Par ailleurs, loin de se limiter à l’art figuratif, elle s’ouvre à l’abstraction gestuelle de la deuxième moitié du XXe siècle tant occidentale (« Number 2 », 1951, de Pollock, période d’un certain retour à des éléments figuratifs et à la couleur chez l’artiste, Hartung, « Peinture 26 mai 1969 » de Soulages, au format singulièrement modeste pour l’artiste) qu’extrême-orientale (« 07.06.85 » de Zao Wou-Ki, Shiraga, Domoto).

L’unité première de cet ensemble réside dans les choix d’un collectionneur, au gré des propositions du marché de l’art : il est dès lors difficile d’y trouver tout autre fil directeur sinon une certaine audace et ouverture aux démarches les plus modernes de son temps. Il n’en demeure pas moins qu’il propose quelques pièces d’une qualité exceptionnelle. J’ai ainsi relevé la sublime « Montagne sainte-Victoire et château noir » de Cézanne, de 1904-1906, composition des plus harmonieuses dans une gamme majoritairement froide et une touche assez ample, qui appartint au marchand d’art Ambroise Vollard ; l’éblouissant « saltimbanque aux bras croisés » de la période du « retour à l’ordre » de Picasso, 1923, à la posture d’une incroyable sensualité accentuée par la délicatesse du rouge du vêtement du jeune homme et du violet de son assise ;

le « portrait d’homme » de Modigliani, de 1918, au traitement linéaire et chromatique d’une grande élégance et qui appartint au galeriste Paul Guillaume ; le « troubadour » de la période métaphysique de Giorgio du Chirico, avec ses fameuses architectures d’arcades froides et irréelles en perspective que l’on retrouve dans les « places d’Italie », sa gamme onirique ; ainsi qu’un remarquable Honoré Daumier « Don Quichotte et Sancho se rendant aux noces de Gamaches », d’Honoré Daumier, 1850 ; un « bal de l’opéra » de Manet quasiment abstrait tant la touche est apparente et floutée (1873) ; un plâtre en taille directe de l’incomparable « baiser », tout en épure, de Brancusi (1907-10) ; un très beau buste de Diego de Giacometti, 1955 etc. A voir !

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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