MUSEE RODIN, Paris, Avril-Juillet 2016

Petit bain de soleil dans les jardins du musée Rodin et visite de l’exposition « entre sculpture et photographie », clin d’oeil au rôle singulier que Rodin accorda à la photographie dans son travail de sculpteur. Petite exposition de qualité proposée par Michel Frizot, suite de 8 salles monographiques (John Chamberlain, Cy Twombly, Dieter Appelt, Markus Raetz, Mac Adams, Gordon Matta-Clark, Richard Long, Giuseppe Penone) consacrées à des artistes touchant aux deux arts.


Les pratiques diffèrent beaucoup : pour l’artiste de Land art Richard Long, photographie et sculpture sont étroitement -et ce dès le processus de création- imbriquées, la photographie se faisant trace des interventions de l’artiste dans la nature. Il en va de même pour Gordon Matta-Clark pour lequel photographie et sculpture témoignent d’une intervention -« en creux et en relief » sur des bâtiments désaffectés. Pour le peintre Cy Twombly, il s’agit davantage de pratiques autonomes, travail sur le flou en photographie, des assemblages aux volumes épurés en sculpture (« Thermopylae »). Pour Giuseppe Penone et Dieter Appelt, photographie et sculpture traduisent un même imaginaire, celui de l’arbre ou de la croissance pour le premier, celui du corps pour le second. D’autres oeuvres témoignent de rapprochement formel, de mise en question de la perception du réel ou encore d’une certaine logique narrative etc.


Quelle que soit la diversité des approches, la plupart des artistes sélectionnés relève de la génération qui émerge autour de 1970 et se caractérise par « un élargissement des attendus formels et esthétiques de « sculpture » et « photographie » ». Une très belle sélection d’oeuvres, en particulier le « Small Alpine Circle » de Richard Long, toute de rigueur géométrique et évocation de sites naturels, le « Trappole di luce » -métaphore du regard- ainsi qu’une belle installation de branchages de Giuseppe Penone, les remarquables séries photographiques et sculptures de Dieter Appelt dont la vue négative et fantomatique « Aus Ezra Pound » ou encore l’étonnante et « primitive » « Krone », couronne de bois recouverte de gaze inspirée d’une performance, le « rabbit » de Mac Adams, assemblage donnant naissance à une ombre de forme animale, sculpture reprenant des propriétés photographiques, l’hommage de Markus Raetz à Beuys, « metamorphose II » etc. Une exposition particulièrement « ouverte » -au sens d’Umberto Eco- et qui donne à penser.

