Etre pierre chez Zadkine

MUSEE ZADKINE, Paris, Septembre 2017-Février 2018

Picasso_Etre pierre_musée Zadkine_30 décembre 2017

Premiers pas au musée Zadkine…comme quoi il est possible de découvrir un musée à Paris après deux décennies et des centaines d’expositions…Un musée-atelier lové dans le quartier du jardin du Luxembourg, tout près la faculté d’histoire de l’art, qui consacre actuellement une exposition collective à la pierre et fait dialoguer les œuvres d’Ossip Zadkine avec celles de Rodin, Picasso, Anselmo, Allouche, Penone, Couturier, Durham… ainsi que des artistes beaucoup plus confidentiels (Phinthong, Paterson, Pogacnik, Bock…) ou des pièces d’arts premiers et d’art préhistorique.

Le parcours se déploie en trois temps, à travers des sculptures, des photographies, des dessins et vidéos, entre art et nature : origines, métamorphismes et métamorphoses, intimité minérale, scandé de focus sur des approches de la pierre (taille directe, processus géodynamiques, matière/matériaux, métaphores minérales, corps…). Les approches sont multiples : parfois, l’artiste se contente de révéler les qualités intrinsèques et expressives du matériau, accentuées par les processus naturels de transformation de la matière (sédimentation, minéralisation, érosion…) en les copiant (Penone), en les peignant (Sanejouand), en les éclairant (Anselmo, Richer), en les réorganisant (Smithson posant des pierres sur du sable mouvant ; Katie Paterson et son collier de perles fossiles, chacune témoignant d’une étape du développement de la planète tandis que le motif circulaire du collier renvoie à l’infini), en y projetant des formes (Hartung, Pogacnik), en accentuant à peine quelques détails (Picasso), ou en le martelant jusqu’au point de rupture (Phinthong).

Parfois, l’impact des arts premiers conduit à un « nouveau primitivisme » perturbant l’académisme et s’accompagnant d’un retour à la taille directe. En témoigne l’impressionnant « baiser » de Brancusi, sculpture-stèle, fusion des deux amants dans la mort, qui résout la question du socle par sa dissolution ainsi que les sculptures de Gauguin, absent de l’exposition mais objet d’une grande rétrospective au grand palais. D’autres artistes, enfin, s’intéressent à une dimension plus intime de la pierre, révélant sa charge érotique (Gette mais également Rodin qui transcende le bloc de marbre en chair par son extraordinaire maîtrise technique et le contraste voulu des textures dans la tradition des groupes Borghese de Bernin avec un socle rugueux et à peine dégrossi et des nymphes d’une incroyable délicatesse, le corps lisse et poli, quasi translucide) ou sa charge mémoriale (Katinka Bock caressant un bâtiment de l’architecte nazi Albert Speer devenu un Burger King mais sur les murs duquel subsistent la trace d’un aigle).Sans être bouleversante, cette exposition se révèle intéressante par l’ouverture qu’elle constitue sur des artistes méconnus, la présence d’œuvres ne relevant pas de la technique première de l’artiste exposé (sculpture de Brassaï, photographies de Hans Hartung et de Brancusi, lithographies de Gilles Aillaud…) ou encore de remarquables pièces du musée d’archéologie de st Germain en Laye.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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