Exit Morandi

MUSEO NOVECENTO, Firenze, Mars – Juin 2019

MUSEO DEGLI INNOCENTI, Firenze, Mai – Septembre 2019

Exit Morandi_museo Novecento, Firenze-14 juin 2019

Si Firenze est indéniablement la capitale de la Renaissance, cela n’exclut pas quelques incursions dans la modernité et la contemporanéité. Le museo del Novecento, quoique ses collections permanentes m’aient semblé plutôt pauvres et secondaires, à l’exception peut-être d’une toile de Chirico, propose une petite exposition de grande qualité consacrée au maître italien de la nature morte au XXe siècle, à savoir Giorgio Morandi, 55 ans après sa mort. Le fil conducteur de l’exposition est l’historien de l’art Roberto Longhi qui déclarait à la mort de l’artiste « non vi saranno altri nuovi dipinti di Morandi : questo è, per me, il pensiero più straziante » et annonçait la reconnaissance à venir de l’artiste comme référence incontournable de nombre d’artistes contemporains. Les œuvres présentées ont appartenu ou gravité dans l’orbite de Longhi ou d’autres historiens de l’art notables tels que Cesare Brandi, Francesco Arcangeli, Carlo Ludovico Ragghianti, qui tous apprécièrent Morandi, notant sa valeur universelle, sa capacité à tout à la fois assimiler les valeurs du classicisme et faire œuvre d’avant-garde, la qualité architecturale de ses compositions…

Une sélection d’œuvres de 1918 à 1957, principalement des natures mortes à l’huile, à l’aquarelle, ou gravées, tout à fait emblématiques de son œuvre : des coloris d’une incroyable délicatesse sublimant la pauvreté de la représentation, toujours fondée sur quelques bouteilles, boîtes et pots sobrement mais précisément disposés sur un plan indéterminé -une quelconque table de l’atelier perçue légèrement de surplomb-, de plus en plus épurés au fil des ans. C’est en effet tout l’intérêt de l’exposition de montrer quelques œuvres des débuts de la carrière de l’artiste, avant l’affirmation d’une gamme de gris des plus recherchée, chargée d’une profonde sensibilité : les objets sont alors un peu plus détaillés, leurs matières un peu plus identifiables (broc ou pichets en cuivre avec poignée en métal…). Ces œuvres permettent de saisir toute l’évolution et la recherche de l’artiste vers une épure toujours accrue, l’objet semblant secondaire au regard de la peinture, des formes, de la géométrisation de l’espace héritée de Cézanne. Une œuvre de silence et d’effacement, évitant tout contraste exacerbé au profil d’un jeu sur les pleins et les vides.

Certains peuvent voyager à travers le monde et ne rien en voir. Pour parvenir à sa compréhension, il est nécessaire de ne pas trop en voir, mais de bien regarder ce que l’on voit.

David Balliano, l’attesa e Arturo Martini_musée Novecento, Florence_14 juin 2019

Le musée propose également un « duel » entre Davide Balliano et Arturo Martini, un artiste contemporain et une œuvre des collections du musée. L’exposition prend forme autour de la sculpture « Susanna » de Martini (1935), entourée de peintures, photographies et sculpture de Balliano, et travaille le thème de l’attente. Face à la « Susanna » en contemplation, le regard au loin, l’artiste contemporain dresse une pièce abstraite, minimale, creuse – « un oggetto freddo, monolitico, specchiante. Una forma concava, che sento come un’architettura contenente un silenzio centrale che raccoglie e in qualche maniera risponde, restituendo il nostro guardo », déclare Balliano, en acier reflétant tout l’espace alentour et notamment une série de toiles d’aspect minimalistes, d’une grande précision apparente mais révélant des irrégularités, le travail du temps et des émotions. Balliano développe ses recherches entre peinture et sculpture, sondant la place et l’identité de l’homme face à la technique et son rapport au sublime.

Marco Paoli, Hallelijah Toscana_Ospedale degli innocenti, Florence_15 juin 2019

L’ospedale degli Innocenti présente quant à lui une belle exposition photographique de Marco Paoli, « Hallelujah Toscana », qui prend le contrepied de la perception mercantile du tourisme de masse. « Nella Toscana del global tour c’è spazio solo per rirprodurre e godersi l’esotismo del pittoresco in un ingestibile pellegrinaggio verso il capolavoro ». Le sacré désacralisé par la photographie de masse. C’est donc, selon le propos de l’exposition, à la photographie de réagir, Paoli prenant ainsi pour objet des lieux abandonnés, oubliés, périphériques, solitaires, des murs et des statues dégradés par les âges, malades, dont il révèle une autre beauté, ses clichés étant par ailleurs accompagnés par les vers d’Alba Donati. Une beauté mélancolique et poétique évoquant un temps immémorial, loin de l’éclat de la Renaissance, loin des lieux chargés d’histoire et d’art que l’on visite peut-être pour se croire quelque part éternel. Il m’est apparu réconfortant de pouvoir apprécier tout autant une toile des Offices que cette série en noir et blanc qui nous interroge sur le Beau, sur notre capacité à véritablement regarder l’art et percevoir du Beau non seulement là où il semble légitime, universellement reconnu et comme vénéré, mais également dans les choses ou œuvres les plus infirmes et leur capacité à nous apprendre à voir, à penser, à distancier.

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