Felicità & ateliers ouverts 2018

ECOLE NATIONALE SUPERIEURE DES BEAUX-ARTS DE PARIS, 28 – 30 juin 2018

Alexis Blanc, rêve du 13.11.15 2016 2018, anciennes tablettes de l’amphithéâtre des loges 1 restaurées à l’or_Félicità 18_Beaux arts_30 juin 2018

Beaux-arts de Paris / chapitre I

Une très belle édition 2018 des ateliers ouverts des beaux-arts de Paris, concomitant cette année de l’exposition Félicità qui pour la première fois sort de ses gonds et se déploie tout à la fois dans le palais des beaux-arts, quai Malaquais, et dans le palais des études (galeries et cour vitrée), et présente les œuvres de l’ensemble des 112 étudiants diplômés en 2017. Une exposition de très belle tenue, à la scénographie aérée et sobre permettant de bien apprécier chaque proposition malgré l’absence, à quelques exceptions près, de tout discours sur les œuvres…Dès l’entrée du parcours, de très belles pièces, qui réinvestissent avec audace et dextérité, des éléments de l’architecture (verrière) ou de l’ameublement (tablettes) des amphithéâtres de l’Ecole, nous accueillent : « après la pluie », d’Alexandre Poisson, 2018 ; « rêve du 13.11.15 » d’Alexis Blanc (date des attentats à Paris qui ont particulièrement pris pour cible le Bataclan et plusieurs terrasses de café), 2016-2018.

Alexandre Poisson après la pluie 2018, verrière de l’amphithéâtre d’honneur_Félicità 18_Beaux arts, 30 juin 2018

Puis l’on retrouve ça et là des artistes présentés en avril dans le cadre de la très belle exposition 100% Beaux-arts à la grande halle de la Villette (et recroisés pour certains au dernier salon de Montrouge ou à Art Paris), https://www.facebook.com/instantartistique/posts/595713510762400 : Antoine Granier (atelier Burki) et ses songes drolatiques à la tonalité punk, inspirés d’un recueil de gravures du XVIe siècle ; la peinture de Jean Claracq au réalisme déroutant et teinté d’étrange (atelier Eitel).

La cour vitrée accueille un très bel ensemble de toiles d’Alice Nadjarian (atelier Tatah) dans une gamme froide et un traitement toujours singulier, mêlant tout à la fois la simplicité de grands aplats colorés ponctués de signes et la complexité des sous-couches latentes, effacées, partiellement recouvertes et qui révèle tout à la fois un long processus de création et la temporalité d’un récit caché dans l’intimité de l’artiste. La cohérence de cet ensemble est apportée tout à la fois par la continuité de la palette et la récurrence de certains éléments : un œil, un soleil, une ombre ; une nouvelle proposition de Justin Weiler (atelier Gauthier) également présent et particulièrement remarqué à la Villette : une suite de « mapp » d’une grande densité de matière mais cette fois posées comme des stèles à même le sol et dès lors plus sculpturales que peintes, une nouvelle réalisation héritière de la peinture de fleurs et constituée de l’assemblage de 14 panneaux de formats variables et portant chacun un fragment -d’une qualité de détail et d’un réalisme qui témoignent d’une réelle virtuosité technique- de « la grande serre » qu’ils composent ; une remarquable série photographique accompagnée d’une pièce sculptée d’une grande épure de Florentine Charon (atelier Cayo) ; les dessins singuliers mais délicats de Boris Kurdi (atelier P2F)…

Et l’on découvre avec plaisir de nouvelles propositions d’une grande qualité, telle que cette pièce de bois, de métal et de panneaux de miroir réalisée par Anaïs Descarpentrie, « flots », 2018 et qui déconstruit et joue admirablement avec les détails de l’architecture de Duban ; le travail photographique d’une incroyable beauté et cependant d’une grande pauvreté de Maryam Pourahmad : une pile de journaux dans un angle dont quelques fragments déchirés jonchent le sol, un sac de détritus où se décryptent toutefois une écriture manuscrite, également abandonné dans un angle, une grille apparemment vitrée posée contre une cloison et derrière lequel une branche dénudée se devine…Le Beau naît ici du rien, du regard du photographe, de la maîtrise d’une composition sciemment décentrée, du contraste des couleurs entre la chaleur du bois et la froideur d’un mur dont la dégradation manifeste des peintures produit paradoxalement une riche diversité et intensité de coloris et qui dialogue admirablement avec une pièce voisine d’Edmée Laurin ; un ensemble d’une belle qualité visuelle de Margaux Barsac-Rodrigue, effets d’écume ou de marée perçus d’un point de vue relativement élevé et où le regard se perd comme face à un fragment d’infini, la tentative de capture de forces à l’œuvre qui échappent à l’homme ; le travail d’animation percutant et particulièrement efficace tant esthétiquement que métaphoriquement de Dora Benderra, [Sanaa-Arabie], 2018 : des armes qui se fragmentent ou se démontent sans aucun intervention humaine dans un paysage tout à la fois majestueux, inhumain et vide, un ciel surplombant les dunes du désert d’Arabie.

Beaux-arts de Paris / chapitre II

Du côté des ateliers ouverts, j’ai particulièrement apprécié les accrochages des galeries Tayou et Cayo et les dialogues fructueux qui s’y établissent entre les pièces d’une belle inventivité technique à même de transcender des matériaux souvent pauvres d’Alexandre Korzoneiovski (la mer), Lien Hoang Xuan (arbre bleu, les fleurs de lys), Pauline de Fontgalland (sans titre), Amandine Massé (douce grille), Margot Poisson (ruche) et Marine Bikard (traces) d’une part ; les œuvres sculpturales, photographiques et dessinées, d’esprit géométrique et minimaliste, de Florentine Charon et Esteban Neveu Ponce d’autre part. Et puis, au fil du parcours depuis la chapelle des Petits Augustins, jusqu’à l’Hôtel de Chimay, en passant par le bâtiment Perret, le bâtiment des Loges et le palais des études, j’ai noté les ciels majestueux de Domitille et les tondos à la limite de l’abstraction et du décoratif mais d’un singulier raffinement de coloris de Lou Gambotti, atelier Alberola.

Les « wall fragment » de Swann Ronné, atelier Figarella, série de 8 peintures et collages sur carton à la topographie complexe et riche d’une belle cohérence interne de couleurs, de matières et de lignes. Les singulières sculptures d’Agata Ingarden (atelier P2F et chapelle) où affleurent d’une structure mêlant matériaux industriel et organique (métal, caramel) des papillons et quelques œuvres du même atelier revisitant avec humour l’histoire de l’art contemporain. Le travail textile original et délicat de Mélinda Fourn, assemblage de sachets de thé, atelier Sarcevic (titre à venir (théfil), 2018). Les toiles étranges de Raphaelle Bertran (tragédie scène 4 et 5, 2018, chapelle), fonds tourmentés sur lesquels affleurent des signes non sans référence à la peinture religieuse comme un rébus à décrypter : une église, des ailes, une main, une couronne d’épines. Les travaux inspirés des mosaïques du Louvre et réalisés au sein des ateliers Arndt Gotz, Philippe Renault et Fabrice Vannier. Ainsi que quelques œuvres ça et là, pas toujours identifiées, mais dont les auteurs se reconnaîtront et peuvent bien entendu se signaler.

A voir !

Dora Benderra [Sanaa-Arabie] 2018
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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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