FIAC 2017

GRAND PALAIS, JARDIN DES TUILERIES, PLACE VENDOME, PETIT PALAIS, Paris, 19-22 Octobre 2017

Carl Andre, 10th iron square 2008_Sadies Coles_Fiac_grand palais, Paris_20 octobre 2017

Une édition 2017 de la FIAC de très belle tenue ! Il est vrai qu’après avoir étudié avec plaisir les années minimales l’an dernier, à l’occasion de l’exposition Carl Andre au musée d’art moderne, c’est un grand plaisir de voir le minimalisme à l’ordre du jour au Grand Palais. Des œuvres des principaux protagonistes du mouvement : Carl Andre, Judd, Sol Lewitt un peu partout et même un clin d’œil à la « colonne sans fin » de Brancusi, source d’inspiration d’Andre, ou encore quelques pièces d’artistes gravitant autour d’eux tels que Lary Bell, Robert Ryman, Robert Irwin, Tony Smith, Richard Nonas, Robert Morris…Une présence également notable de l’Arte Povera avec des pièces de Penone, Kounellis (décédé cette année) et Pistoletto, de l’art conceptuel avec Joseph Kosuth et Mel Bochner. Un vrai come back des années 60-70.

Des échos à l’actualité artistique récente avec des artistes remarqués (ou non) à la biennale de Venise: Petrit Halilaj, McArthur Binion, Sheila Hicks, Erwin Wurm, Xavier Veilhan…, des pièces de Hassan Sharif objet d’une exposition monographique à la GB agency tout récemment, de Sara Favriau, auteur d’une imposante installation au Palais de Tokyo en 2016, de Françoise Pétrovitch, actuellement présentée galerie Semiose, de Chiharu Shiota, exposée cette année au Bon Marché et galerie Templon, un « déjeuner sur l’herbe » de Yan Pei Ming, thématique à l’ordre du jour il y a quelques semaines à la galerie Ropac-Pantin, nombre de pièces de Camille Henrot ça et là, actuellement à l’honneur au palais de Tokyo etc.

De magnifiques Soulages, de remarquables pièces de figures de l’enseignement aux beaux-arts : Annette Messager, Christian Boltanski, Patrick Tosani ou encore Tadashi Kawamata, un hommage à Mallarmé de Cyrith Wyn Evans, des miroirs d’Anish Kapoor, des « tagli » de Lucio Fontana, des figures d’Anthony Gormley, des photographies emblématiques des Becher ou de Mapplethorpe, d’intéressantes vanités d’Abramovic, Roman Ondak etc., d’impressionnantes installations : une bibliothèque de cendre de Claudio Parmiggiani, un ensemble de suspensions et de dessins tissés dans la toile de Tomas Saraceno, une pièce assez éblouissante de Thomas Hirschhorn sur le motif de la ruine, des sculptures abstraites de toute beauté de Venet, Nash, Cragg.

Et puis quelques découvertes ou redécouvertes sympathiques : les « utopies » critiques de Voluspa Jarpa, critique de la bureaucratie au service de la répression ou référence à 1984 d’Orwell, les céramiques entre sculpture et design de Katinka Bock, les tableaux de marqueterie de Lee Bae, les pièces musicales ou textiles de Nicholas Hlobo, présent dans l’exposition sur l’Afrique contemporaine à la fondation Vuitton (tout comme Bathélémy Toguo ou William Kentridge, également présents), les sculptures pauvres et élégantes de Tatiana Trouvé ou David Horvitz, les tableaux de mots quasi abstraits et profondément poétiques d’Idris Khan. En outre, le Grand Palais se métamorphose peu à peu et de très belles galeries à verrière habituellement fermées au public font désormais partie du parcours… Et puis le vendredi c’est vraiment tranquille… Avis aux amateurs !

Seung Taek Lee, sound of wind, 1970s_Grand Palais, Paris, 21 octobre-2017

La FIAC hors les murs m’a semblé moins audacieuse ou pertinente que les propositions rencontrées au Grand Palais. Néanmoins, il est toujours incroyablement agréable de rencontrer des œuvres au détour d’un arbre dans le jardin des Tuileries ou dans l’extraordinaire écrin de la place Vendôme. L’œuvre tricolore du coréen Seung-Taek Lee, “sound of wind”, en bandes de vinyle, qui nous accueille devant le Grand Palais, est assez impressionnante, précurseur (années 70) et hypnotique en ce qu’elle saisit véritablement le son et le souffle du vent.

Les pièces aux allures classiques du belge Johan Creten, précurseur quant à lui du renouveau de la céramique dans l’art contemporain et à ce titre exposé à la Maison Rouge dans « Ceramix », se déploient avec grâce dans le jardin du Petit Palais malgré des coulures et des formes assez brutes. Le travail d’Oscar Tuazon place Vendôme, sorte de canalisation monumentale où le spectateur pénètre et rencontre des troncs d’arbres, se veut une sculpture, soit pour Tuazon un vide, en hommage à l’eau. Le contraste visuel est total entre la nature et l’industrie, l’arbre et le tuyau thermoplastique.

Dans le jardin des Tuileries, j’ai surtout relevé l’ »onde » de Pugnaire et Raffini, pièce particulièrement belle et puissante dans sa succession de tôles aux formes irrégulières et relativement anthropomorphiques, d’autant que le spectateur s’y reflète. La sculpture, découpée en 24 éléments, répond aux 24 images composant une seconde de film tout en rappelant la chronophotographie par sa décomposition du mouvement et du temps. Les vases monumentaux et aux formes irrégulières et tourmentées de Jim Dine réalisés avec les artisans de Sèvres et parcourus de mots, surmontés d’outils de bronze, engagent également une intéressante réflexion sur le langage, le poème comme réceptacle. Los Carpinteros, collectif cubain, présente de remarquables clous monumentaux déformés, tordus, aux formes anthropomorphes singulièrement efficaces, métaphore de l’échec, d’hommes tombés au combat. Enfin, le « chemin du retour » de Stéphanie Saadé convoque étrangement l’héritage minimaliste très présent au Grand Palais, bien que le propos soit autre : l’artiste, libanaise exilée, répand au sol un chemin de pierres des plus irréguliers et tortueux, rappel nostalgique de son histoire personnelle.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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