GALERIE C, Paris, Décembre 2020 – Janvier 2021
« C’est une drôle de chose que la vie – ce mystérieux arrangement d’une logique sans merci pour un dessein futile. Le plus qu’on puisse en espérer, c’est quelque connaissance de soi-même – qui vient trop tard – une moisson de regrets inextinguibles »
Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres

Très belle découverte à la galerie C, rue Chapon, que le travail de Jean-Christophe Norman qui mêle performances, peintures, recouvrements…avec pour constante la prégnance de l’écrit et des références littéraires. Que l’écriture affleure sur ses paysages, que ceux-ci usent comme support de feuilles de journaux collectés au gré de ses voyages ou de livres (« Bookscape »)–particulièrement « au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad dans sa série « Seascape », ou encore que le texte apparaisse et disparaisse au gré de la lumière et du regard sur un livre singulièrement protégé, recouvert de graphite (« Cover »), l’artiste associe étroitement l’écrit et l’image tout en les mettant parfois en tension. Entre visible et invisible, réel et imaginaire.
Mais plus encore que cette imprégnation du texte dans son œuvre, c’est la qualité, l’épure, la singulière temporalité de ses paysages qui a retenu toute mon attention. Des paysages mentaux, sombres, oniriques réalisés à l’huile et à l’encaustique par retraits et recouvrements qui rappellent les subtiles variations des ciels de Constable au gré des changements de saisons ou de luminosité, les paysages à la limite de l’abstraction de Turner ou Strindberg…Des paysages qui portent la mémoire de l’Histoire ainsi que d’expériences plus intimes, d’atmosphères vécues, d’émotions ressenties plus qu’ils ne représentent une quelconque nature et captivent singulièrement le regard, ne se dévoilant que peu à peu tant la frontière entre la matière picturale et le sujet dépeint se brouille. Une matière étonnamment fluide et nimbée ça et là de lumière.
Jean-Christophe Norman, Fleuves sans rives_galerie C_9 janvier 2021
Un travail souvent sériel, suite de sombres marines avec une ligne d’horizon assez basse ménageant une vaste place à des cieux changeants dont les nuées vaporeuses font écho à l’écume d’une étendue d’eau sans rivage (« fleuves sans rives », tel est d’ailleurs le nom de l’exposition en cours). Une figure -le fleuve- sans doute étonnante pour cet ancien alpiniste mais récurrente dans l’histoire littéraire, artistique ou même philosophique depuis Héraclite comme métaphore de l’existence, de son écoulement inlassable, unidirectionnel et irrévocable comme de son cours agité et chaotique, méandreux.






