CENTRE POMPIDOU, Paris, Février – Mai 2019

Le Centre Pompidou consacre une exposition à Victor Vasarely, peintre hongrois naturalisé en France et considéré comme le fondateur de l’op art ou art optique. Si l’artiste intègre manifestement l’alentour de l’œuvre et le spectateur dans la perception de cette dernière, il efface en revanche toute trace du geste pictural au profit d’aplats froids et méthodiques qui suscitent souvent davantage la reconnaissance de sa rigueur et de sa maîtrise technique qu’une profonde émotion esthétique. Une tentative de renouvellement de l’abstraction géométrique un peu trop systématique quoi qu’apparaisse rapidement le désir d’animer « le carré » de Malévitch -objet d’un très bel hommage, 1954-58- et donc un intérêt manifeste pour l’instabilité de la perception, la déstabilisation de la vision par la géométrie et les contrastes entre ombre et lumière.
L’exposition témoigne par ailleurs du désir de démocratisation de l’art de Vasarely par le jeu d’un vocabulaire formel élémentaire capable d’être utilisé en design, architecture, sculpture, arts décoratifs, sérigraphie… et finalement de faire l’objet d’une appropriation par la culture populaire : pochettes de disques (« space oddity » de Bowie), magazines de mode… Toutefois, en dépit de certaines créations troublantes et quelque peu hypnotiques, il en ressort un aspect quelque peu standardisé -un art du multiple- et désincarné, si bien que l’on n’est guère surpris d’apprendre les débuts publicitaires de l’artiste, période pendant laquelle il met en place une certaine idée de la forme efficace tout en assimilant le langage moderne des avants-gardes.
Le parcours révèle aussi l’ancrage dans le réel de l’œuvre de Vasarely, simplifiant les formes et les abstrayant peu à peu, comme en témoignent la remarquable série des zèbres de la fin des années trente, celle inspirée par les galets des plages bretonnes (« Goulphar », 1947) ou par les carrelages craquelés d’une station de métro dans les années quarante. Au cours de la décennie suivante s’affirme une volonté de rompre avec l’inertie des formes géométriques par le recours à des déformations formelles, l’intrusion de lignes courbes et ondulantes, le jeu entre positif et négatif, noir et blanc, les combinaisons, permutations et déclinaisons de formes et de couleurs (« Cintra », 1955-56, « Leyre », 1962, « hommage à Malévitch », 1954-58, « Vega », 1956) etc. Un vocabulaire qui n’est pas sans paraître quelque peu annonciateur de notre âge du binaire et du codage informatique. Contemporain des premiers pas sur la lune et de la conquête spatiale, Vasarely développe, les dernières années, un imaginaire quelque peu cosmique dont témoignent admirablement les séries CTA, Vonal, Vega.










