Le bestiaire métallique de César

CENTRE POMPIDOU, Paris, Décembre 2017-Mars 2018

César, scorpion

Le nouveau réalisme, le « pop art » à la française, qui prône un retour au réel à l’encontre de l’abstractionnisme abstrait du temps, occupe à mes yeux une place trop importante dans la programmation du Centre Pompidou des dernières années : après Arman en 2010, Raysse en 2014, c’est à César d’investir les galeries du centre. Malgré tout, les rétrospectives constituent souvent un exercice de style pertinent en ce que l’on déniche toujours, par-delà l’image que l’on a d’un artiste et les œuvres connues ou attendues (compressions automobiles, pièces à l’image du « Centaure » de la place Michel Debré dans le VIe arrondissement etc.), quelques pièces intéressantes.

Le parcours débute ainsi avec quelques fers soudés témoignant d’une réelle sensibilité et d’une élégance, non les torses, corps de femme massifs ou encore le « Fanny Fanny » que les promeneurs du jardin des Tuileries ont pu remarquer lors de la Fiac hors les murs 2014 mais quelques éléments du bestiaire de César (poisson, scorpion) dénotant un travail raffiné, complexe et particulièrement maîtrisé malgré la pauvreté des matériaux de récupération employés tandis que des sculptures d’allure totémique dont un remarquable « hommage à Nicolas de Staël » reflètent quant à elles une réflexion sur le socle et une grande attention portée à la matière et à ses variations chromatiques (une « aile », 1957 quasi abstraite, une remarquable « râpe longue » de 1960, pièce éclatante de contrastes entre un support sombre, plombé et le métal perforé d’une grande intensité de rouille qui s’y inscrit partiellement).

Si les compressions automobiles, blocs polychromes et denses, ont marqué les esprits par l’audace du geste et la façon dont ils revisitent les ready-made et une forme de déchet de la société de consommation, ce sont des pièces plus délicates et modestes, relevant de la même technique, qui ont retenu mon attention (la série des « compression 1961 », « compression dirigée » 1961 ou encore des compressions plus tardives (1976), à base de matériaux précaires (carton, cagette)).

L’exposition propose d’autres approches techniques de l’artiste : les empreintes humaines, en résine synthétique puis déclinées dans divers matériaux dont le bronze, réflexion sur le fragment corporel comme emblématique du tout, comme trace, empreinte de soi mais mise à distance de l’artiste par le moulage ; les enveloppages d’objets dans des feuilles de plexiglas (téléphone, machine à écrire…). Ces pièces, assez faibles quant à leur qualité esthétique et leur charge émotionnelle, n’en témoignent pas moins d’une perpétuelle recherche chez César, d’une remise en question par l’expérimentation de nouvelles techniques, de nouveaux matériaux, de nouvelles formes ainsi que d’une réelle ouverture sur son temps.

César, expansion n°1, 1969

Quant aux expansions, autre technique développée par César à partir de mousse de polyuréthane et de fréon, pérennisés ensuite par l’application d’une couche de résine, l’exposition en présente de remarquables dans leur souplesse et leur poli malgré la froideur qui en émane (expansion n°8 les jumelles 1969, expansion n°14 1970). Même si, tout comme moi, vous n’êtes pas grand amateur de l’artiste, l’exposition mérite le détour…ne serait-ce que par sa scénographie inédite, totalement décloisonnée, avec partout de magnifiques ouvertures sur Paris depuis les grandes baies du centre

.https://humanite.fr/sculpture-cesar-archeologue-pour-le…

http://www.leparisien.fr/…/exposition-cesar-se-raconte…

http://www.lefigaro.fr/…/03015-20171212ARTFIG00024-le…

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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