Le Centre Pompidou a 40 ans, Paris

Dan Flavin_Musée d’art moderne_centre Pompidou, Paris_17 novembre 2017

La plus belle surprise lors de ma dernière visite au Centre Pompidou fut indubitablement le nouvel accrochage des collections permanentes du musée….si tant est que l’on puisse parler de collections permanentes dans le cas d’un musée qui n’expose qu’un dixième de ses collections et où il est donc difficile de venir contempler une œuvre précise en raison du roulement constant des œuvres.

A l’occasion des 40 ans du musée et en collaboration avec les Frac, le musée déploie un remarquable parcours à travers les grands courants de l’après 1945 avec une mise en exergue particulière et magistrale du minimalisme et du post-minimalisme, ou encore du courant voisin par la pauvreté bien que distinct par le discours, de l’art Povera. Se succèdent ainsi des œuvres maîtresses telles que « hearth » de Carl Andre, 1980, agencement primitifs de blocs de bois en forme de tunnel, « stack » de Donald Judd, 1972, dénuée de tout illusionnisme et de toute expressivité mais où la réception de l’œuvre par le spectateur dans l’espace d’exposition devient essentielle de même que la sérialité et le recours à des éléments industriels, « walldrawing#95 », 1971, de Sol LeWitt, reconstruite sur le mur d’exposition en fonction du certificat produit par l’artiste et déjà à cheval entre art minimal et art conceptuel, un néon de Dan Flavin, des toiles de Robert Ryman pour qui le « comment peindre », prime sur le « quoi peindre », la matérialité de la peinture prime sur le sujet peint, des œuvres caractéristiques de l’Arte Povera de Jannis Kounellis, Alighieri & Boetti et surtout Giuseppe Penone dont « nel legno », 2009, suite d’imposants « totems » qui redessine l’arbre depuis la poutre.

Après une Fiac minimaliste (https://www.facebook.com/instantartistique/posts/517340881932997), un musée minimaliste : « 144 tin squares », carrelage de plaques de métal standard d’Andre de 1975, recueille les pas des visiteurs en plein cœur de la galerie principale sans même que ceux-ci le remarquent, rompant avec le volume et la verticalité propres à l’histoire de la sculpture…Le parcours se poursuit avec un artiste emblématique de l’art conceptuel, Joseph Kosuth, et ses « one and three chairs », 1965, d’une efficacité catégorique, soit une chaise, sa représentation, la définition du mot chaise et la réduction ainsi de l’objet à son seul concept ; des œuvres relevant du post-minimalisme (Bruce Nauman, Richard Serra, Robert Morris) ou d’artistes majeurs de la contemporanéité tels qu’Annette Messager (« les piques », évocation de l’histoire révolutionnaire dans ses heures les plus sombres tout en se nourrissant de l’actualité mondiale, qui mêle réalité et fiction, victimes et bourreaux), Gerhard Richter et le conflit à l’œuvre entre photographie et peinture, la remise en question du statut du tableau, le questionnement du dilemme entre abstraction et figuration caractéristiques de son travail, Christian Boltanski (« la vie impossible de CB », sorte d’archives personnelles souvent insignifiantes ramenant l’artiste au rang d’humain) ; des pièces travaillant la notion d’intime (« precious liquids » de Louise Bourgeois, « douleur exquise » de Sophie Calle, sorte d’exorcisation de la souffrance liée à une rupture amoureuse par le récit) ; des pièces explorant les possibilités visuelles du langage dans l’héritage de l’art conceptuel mais parfois avec une charge politique (Ed Ruscha, Erik Bulatov)….

A noter par ailleurs le choix d’une lecture historique du XXe siècle et la place donnée aux « environnements » tels que la pièce aux murs tapissés de lauriers, « respirare l’ombre », 1999-2000 de Penone, où le végétal pénètre nos poumons métaphoriquement et visuellement, « dream passage with 4 corridors », de Nauman, 1984, installation plus cauchemardesque qu’onirique évoquant la violence policière avec son intense lumière jaune et ses suspensions de mobilier d’une austérité radicale où symétrie et nudité sont de règle, les « precious liquids » de Bourgeois, 1992, qui explore la mécanique des fluides intimes lors de chocs émotionnels (larmes, urine, sueur) et se charge de symbolisme…A voir impérativement !

https://www.centrepompidou.fr/…/9/file/DP_MUSEE+09.10.pdf

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