Le musée des Augustins, Toulouse

Basaiti Marco, la vierge et l’enfant entre st Sebastien et ste Ursule_musée des Augustins, Toulouse_20 novembre 2017

C’est dans la très belle architecture du couvent des ermites de st Augustin, commencé au XIVe siècle, avec son cloître et son église gothique surmontée d’un clocher en forme de campanile, que se déploient les collections du musée des beaux-arts de Toulouse. Les collections de peintures anciennes, exposées dans l’église, se révèlent des plus modestes mais quelques toiles se détachent de l’ensemble par leur grande qualité : une éblouissante « vierge à l’enfant entre st Sebastien et ste Ursule » de Marco Basaiti, sainte conversation caractéristique par sa composition à mi-corps de l’école vénitienne, un remarquable ensemble de scènes christiques du caravagesque Nicolas Tournier qui, après un séjour romain, vécut longtemps à Toulouse, un impressionnant « martyre de st Jean et de st Paul » du Guerchin, 1632, emblématique de la peinture baroque par la dynamique des lignes, l’instant choisi (l’un des saints est déjà décapité, le second est sur le point de l’être), la proximité des mondes divins et terrestres, mais étonne principalement par l’usage hérité du maniérisme d’une figure repoussoir en forme d’académie masculine très étudiée au premier plan, un imposant « martyre de st André », 1645-48, de Sébastien Bourdon, peintre protestant qui, après une période de bambochades dans l’esprit des derniers feux du caravagisme, évolua vers l’atticisme, soit les prémisses du classicisme, marqué par le développement d’un style élégant, mesuré, aux compositions rigoureuses, lisibles, aérées et architecturées, aux formes synthétiques et pures, au faire lisse, aux coloris clairs.

Le cœur des collections du musée relève cependant de la sculpture, particulièrement de la sculpture romane. Une salle aménagée avec audace par l’artiste américain Jorge Pardo en 2014 accueille ainsi nombre de chapiteaux des édifices romans de Toulouse (cloîtres disparus de st Sernin, la Daurade et St Etienne). Si la scénographie détonne quelque peu par son coloris vif sinon agressif, il faut reconnaître que le mobilier conçu par Pardo permet une très bonne contemplation des pièces romanes de grande qualité, mêlant scènes religieuses (transfiguration, annonciation, le Christ aux enfers etc.) et, plus rarement, mythologiques, et bestiaire médiéval (lions mordant des lianes) ou végétal stylisé.

Le second ensemble sculptural essentiel, gothique et funéraire cette fois, provient de la chapelle de Rieux construite dans l’église du couvent des Cordeliers et fondée par l’évêque de Rieux-Volvestre Jean Tissandier au XIVe siècle. A noter enfin une remarquable « Vierge à l’enfant » dite Nostre dame de Grasse des années 1460-80, polychrome, d’un grand raffinement, comme l’est une « Vierge de l’annonciation » voisine, également en calcaire mais un peu plus tardive (début XVIe). Un musée qui mérite le détour, ne serait-ce que pour son architecture saisissante et bien que celle-ci tienne parfois un peu trop à distance des toiles.

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