Le parti de la peinture

FONDATION VUITTON, Neuilly, Février – Août 2019

Carl Andre, Draco, 1979 (et toiles de Joan Mitchell)

Le parti de la peinture, la dernière exposition de la fondation Vuitton, proposait de remarquables dialogues entre la peinture expressionniste voire impressionniste abstrait de Joan Mitchell -marquée par l’œuvre de Monet et l’évocation de la nature- et l’impressionnante sculpture minimaliste de Carl Andre « Draco », 1979, suite de modules de cèdre rouge d’une intense présence spatiale et qui donne une étonnante cohérence à l’ensemble de toiles de Mitchell ; Pierre Soulages, « peinture, 290 x 520 cm, 22 mai 2002 », 2002 et l’art optique de Jesus Rafael Soto (« grande écriture noire », 1979), explorant l’un la lumière, l’autre le mouvement, tous deux dans un jeu de blanc et de noir faisant vibrer la surface picturale, qu’il s’agisse du contraste entre le blanc de la toile et les stries de la matière beaucoup plus dense de l’outrenoir ou des éléments métalliques se jouant devant la toile ; une impressionnante suite de néons majeurs de Dan Flavin (« Monuments à Tatline », « untitled (for you, Leo, in long respect and affection 1 », 1977)) et une toile de Stella…

Gerhard Richter, seestuck, 1969 (détail)

Une sélection d’œuvres de la collection témoignant du renouvellement de la peinture depuis les années 60, que les peintres procèdent de l’intérieur, en jouant sur les composantes traditionnelles de la peinture, geste, surface, couleur, lumière, ou qu’ils explorent de nouveaux territoires, de nouvelles techniques, des process modulaires parfois industriels : « overpainted photographs » de Gerhard Richter, pénétrable BBL bleu, 1999, de Soto, expérience multisensorielle entre peinture et sculpture où le spectateur est invité à entrer dans l’œuvre, la toucher, la modifier, installation de Niele Toroni, diffusion de la lumière et de la couleur au-delà du support par le néon chez Flavin, habitant et densifiant l’espace d’exposition, intrusion de la sérigraphie, utilisée sur des œuvres peintes et perturbant la distinction habituelle entre l’original et sa reproduction, par Christopher Wool, « Untitled », 2014 ou encore de l’affiche et son support métallique par Raymond Hains, « sans titre », 1990 etc..

J’ai par ailleurs relevé une très belle suite de toiles de Richter où se détache « seestuck (leicht bewöltkt) » soit Marine (légèrement nuageuse), 1969, une œuvre à la limite de l’abstraction et qui s’inscrit étonnamment dans la tradition romantique allemande du sublime ainsi que « relâche n°4 », 1992, de François Morellet, en référence à un ballet conçu par Francis Picabia et Erik Satie, assemblage sciemment aléatoire de matériaux de formes, de coloris, de texture divers (toile, barres d’aluminium, néon)…Si le propos de l’exposition n’était guère approfondi, du fait de la diversité des individualités exposées, « le parti de la peinture » était l’occasion de voir ou de revoir des pièces tout à fait admirables.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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