Le tragique de Cy Twombly

CENTRE POMPIDOU, Paris, Décembre 2016-Avril 2017

Cy Twombly, « Achilles Mourning the Death of Patroclus », 1962 (détail)_centre Pompidou, Paris_30 novembre 2016

Une nouvelle exposition de grande qualité au centre Pompidou…A travers près de 140 oeuvres : peintures, dessins, mais également quelques collages, assemblages sculpturaux et photographies, l’exposition retrace soixante ans de carrière. Elle témoigne de la singularité de cet héritier de l’expressionnisme abstrait américain, qui mêle cet héritage à des influences culturelles « méditerranéennes » en revisitant notamment certains mythes grecs ou l’histoire antique (guerre de Troie, règne de l’empereur Commode…).

Elle révèle également la capacité de renouvellement de l’artiste, des oeuvres assez froides et marquées par l’écriture des années 50 aux impressionnants cycles des années 60-70, en passant par une série toute en épure, cire blanche sur fond noir, réponse de l’artiste à l’art minimal et à l’art conceptuel qui s’affirmaient sur la scène artistique de l’époque. Si l’écriture occupe toujours une place prégnante dans son oeuvre, les séries extrêmement radicales des débuts, aux fonds crémeux parsemés de signes assez primitifs à la manière de graphes, m’ont semblé moins efficaces plastiquement et émotionnellement que les oeuvres plus matiéristes et sensuelles ultérieures. La couleur se fait alors chair, torturée, mémoire d’un geste violent et emporté, alternant l’épaisseur d’une matière comme posée à la truelle et la fluidité de la coulure, possible support de passions plus ou moins positives : le deuil, la mort d’Achille, la vengeance, la guerre incarnés par un rouge cramoisi intense etc.

Plusieurs cycles monumentaux sont exceptionnellement présentés dans l’exposition, tout particulièrement « Nine Discourses on Commodus », de 1963 et « Fifty Days at Iliam » de 1978. Les panneaux de ces deux séries se répondent et contrastent, dégageant une puissance picturale et émotionnelle impressionnante. L’intensité, la densité de matière colorée de « The Fire that Consumes All Before It » ou « Shades of Achilles, Patroclus, and Hector » dialoguent avec la douceur brumeuse de « Shades of Eternal Night », tandis que les différents panneaux de la série consacrée à Commode apparaissent comme autant de variations avec le même type de fond gris en aplat sur lequel se détache une forme abstraite vibrante de couleurs et tourmentée : « les empâtements sanguins, gribouillages, et coulures suggèrent les phases psychologiques complexes qui marquèrent la vie du tyran sanguinaire jusqu’à son assassinat ». Une oeuvre entre figuration et abstraction…

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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