Les arbres d’Alexandre Hollan

GALERIE LA FOREST DIVONNE, Paris, Février – Mai 2021

« Quand je retrouve le contact avec le motif, c’est une sensation extra-ordinaire, elle vient, tout à coup elle est là. Elle traverse l’arbre que je regarde comme un mouvement libre. Un trait qui guide le regard vers l’inconnu […]. Quand le regard est guidé par ce mouvement, il me porte dans le courant des énergies. Quand je suis dedans, le monde change, l’image du monde bouge, se complique, des relations toujours nouvelles apparaissent, se transforment. Et lentement le mouvement qui m’a porté se calme, disparaît, dépose le regard, l’arbre s’éloigne. L’espace qui tout à l’heure n’était pas là, apparaît […]. Ces mystérieuses transformations remettent en mouvement le dessin et la peinture. Le mouvement et l’espace transforment ce que je vois ».

Alexandre Hollan

Lorsque l’on côtoie intensément l’art depuis plusieurs décennies, de subtiles correspondances se dessinent naturellement, confortées bien souvent par quelques recherches sur les œuvres et leurs auteurs : de Raphaël à Ingres, de Munch à Emin, de Morandi à…Hollan, ma très belle découverte de ce week-end.

« On sait beaucoup de l’œil et peu du regard. On sait comment l’impression optique est transmise au cerveau, synthétisée, on comprend même pourquoi, par la voie de complémentarités, de nuances, la couleur se fait agrément si ce n’est même beauté – mais comment expliquer de quelle façon notre regard traverse la couleur, la forme, pour appréhender dans la chose ce qui fait qu’étant cela elle est aussi, et d’abord, ce qui est là, devant nous ; ce qui fait que dans l’apparence peut se lever la présence ? […] A la pensée qui analyse, mais de ce fait même se perd dans la réalité de matière, indéfiniment fragmentable, s’est substitué alors l’acte de sympathie qui fait que le monde à nouveau respire, et nous en lui. L’art, à son plus haut, est cette transmutation par laquelle la vue, à son plus simple, se fait ce qui rend la vie. Et Hollan est un de ces quelques justes grâce auxquels, dans une peinture aujourd’hui dangereusement détournée de l’être sensible, un peu de l’absolu traverse encore les branches, brille encore dans l’eau des sources. Car regarder, pour lui, c’est rejoindre ce point, à l’intérieur de ce qu’il regarde, d’où l’être propre de cet objet, de cette existence, s’élance, s’unit à sa figure visible, la doue de rayonnement […] ». (Bonnefoy Yves, Alexandre Hollan. Trente années de réflexions, 1985-2015. L’atelier contemporain, 2016).

Difficile de parler plus profondément de cette peinture que le poète et critique d’art Yves Bonnefoy… La galerie la Forest Divonne célèbre actuellement ses vingt cinq ans de collaboration avec Alexandre Hollan par une très belle exposition monographique. Une plongée dans l’œuvre d’un artiste qui vit et crée entre Paris et Montpellier, entre ses « vies silencieuses » -des natures mortes à l’acrylique d’une remarquable densité de peinture et de couleurs, tellement imprégnées d’eau qu’elles semblent des aquarelles, et ses séries consacrées à l’arbre, qu’Hollan, tout comme Mondrian avant lui mais sans aller comme son prédécesseur jusqu’à la géométrisation la plus radicale, dessine inlassablement tout en recherchant la structure, l’absolu, la forme vraie, au-delà de l’apparence, la ligne par delà la forme pleine et abondante des feuillages.

La pertinence de l’accrochage est de donner pleinement à voir cette lente maturation, feuille après feuille, ce dépouillement, cette épure progressive et fascinante, d’une incroyable poésie, particulièrement dans les œuvres au fusain où l’arbre est peu à peu réduit à un trait remarquablement maîtrisé et expressif, qui renvoie à l’énergie du vivant, du végétal, tandis que le jeu entre les parties estompées et le blanc du support traduit les vibrations de la lumière. Hollan s’intéresse davantage à l’énergie vitale, au rythme des branchages, qu’à toute représentation vériste du réel. S’il flirte parfois avec l’abstraction, aux frontières du visible, ses œuvres sont toujours chargées d’une grande sensibilité et conservent un ancrage avec le réel, même s’il n’est plus qu’évoqué, que souvenir d’une forme, d’un mouvement, d’une lumière transcendant l’arbre. Un signe d’arbre.

L’exposition présente par ailleurs les deux facettes très différentes quoique probablement complémentaires de cet œuvre, la nature morte –l’artiste se place là sous l’égide de Giorgio Morandi : tout comme son maître et grand prédécesseur, Hollan perçoit la vie silencieuse et immobile des objets, note que « les couleurs libérées par la matière viennent de l’intérieur » et que seule une longue contemplation permet de les découvrir, de les éprouver, de voir les relations entre les objets, « qui, constamment, changent en fonction de leurs formes, de leurs matières ou encore de leurs dimensions »- et l’arbre comme sujets perpétuellement étudiés, approchés, sublimés. L’expérience du regard perpétuellement renouvelée.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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