Les bouddhas de…Convert

MUSEE GUIMET, Paris, Octobre 2018 – Janvier 2019

Convert_musée Guimet, Paris_22 décembre 2018

Quoique l’on ait déjà pu découvrir le travail de Pascal Convert sur Bamiyan à l’occasion d’Art Paris 2018 (galerie Eric Dupont), il acquiert, en investissant la rotonde du musée Guimet, une toute autre envergure, d’autant que le propos de l’artiste se redonde de la pensée de Georges Didi-Huberman à travers un remarquable dialogue. Pensée de la mémoire contre la politique de nihilisme culturelle, d’iconoclasme radical, voulue par l’Etat islamique et marquée par la destruction des deux bouddhas de Bamiyan le 11 mars 2001, suivie, six mois plus tard précisément, par celle des Twin Towers.

C’est au lendemain des attentats de 2015 que Convert est parti en Afghanistan pour faire naître une image de résistance en reconstituant sur les cimaises du musée la falaise de Bamiyan à l’échelle un à travers plus de 4000 fichiers numériques d’une redoutable précision. « On ne peut détruire ce qui est devenu une ombre, une ombre qui nous regarde ». A rebours de cette volonté implacable de nous faire perdre la mémoire, les traces de la destruction demeurent et témoignent désormais, comme l’ombre portée des bouddhas ; des traces que la « science des cicatrices » (l’archéologie) est capable de faire parler.

Falaises nous sommes. Escarpements. […]La falaise se dresse […]. Mais elle expose, aussi, toutes les marques de sa propre fragilité […] Ses blessures, qui semblent lui venir du dedans aussi. […] en toute falaise travaillent de concert les termes de la vie, de la mort et de la survivance. Toute falaise -que nous sommes- à la fois se soulève, s’affronte et s’écroule […]. Si falaises nous sommes, cela veut dire que nous sommes nous-mêmes la ligne de front provisoire de ces conflits répétés, revenants, renouvelés. Car une falaise est toujours le lieu de rencontre entre deux forces au moins. Le front de la falaise oppose sa verticalité à la plaine qui lui fait face. Mais, derrière elle, ça pousse aussi très fort, ça travaille à l’érosion, ça mine à l’écroulement, ça fomente la destruction. […]

Convert_musée Guimet, Paris_22 décembre 2018

Si le minage des statues a été l’action la plus médiatisée et symbolique, Convert nous rappelle, grâce à une seconde pièce, que ce sont aussi des dizaines de grottes sanctuaires et cellules troglodytes creusées dans la falaise et ornées de fresques, de bas-reliefs et de sculptures que les Talibans se sont acharnés à dégrader et souiller de traces de chaussure et de pneus brûlés. Bamiyan a en effet abrité, entre le IIIe et le VIIe siècle, un monastère emblématique par ses décors de l’école d’art gréco-bouddhique du Gandhara.

Le meurtrier pense d’abord à tuer ce qu’il considère comme son ennemi […]. C’est pareil avec les images. Mais il ne réussit jamais à effacer entièrement la trace même de son geste destructeur […]. Il est si facile de pulvériser un corps. Si difficile, cependant, d’effacer un trou.

Georges Didi-Huberman, « ritournelle de Bamiyan » dans Autres-Temps

Autre forme de résistance enfin, évoquée à travers une vidéo de Convert, la persistance de la vie par-delà la destruction, le rire des enfants Hazaras jouant au football devant la falaise, sur ce site d’une beauté irréelle, à plus de 2500 mètres d’altitude…

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