Les images latentes d’Alexandre Lenoir

GALERIE ALMINE RECH, Paris, Mars – Mai 2020

Si je n’ai guère été convaincue par les couleurs flashy du pop britannique Allen Jones, en revanche, la petite exposition que la galerie Almine Rech consacre dans le même temps au peintre Alexandre Lenoir a retenu toute mon attention. Un travail où quelques figures tirées de photographies longuement méditées et projetées à l’échelle du support à venir (échelle 1) se révèlent sous une incroyable densité de matière, au terme d’une longue maturation. L’artiste rapproche d’ailleurs sa technique du processus photographique :

Je ne cherche pas à avoir un rendu réaliste car je travaille dans l’obscurité, avec des masquages. J’appose du scotch, puis des lavis de peinture les uns sur les autres, et lorsque je le retire, je découvre mon travail. Ce procédé est proche de la photographie, avec cette latence dans l’image qui arrive progressivement.

Une technique par ailleurs marquée par la primauté laissée à la peinture et un désir de l’artiste de s’effacer dans le geste. Des toiles monumentales frôlant l’abstraction, où seules quelques présences fantomatiques, en creux, affleurent, susceptibles de laisser la porte ouverte à de nombreuses interprétations, à éveiller d’autres souvenirs chez le spectateur. Un travail de la mémoire né d’éléments contrastés : la fluidité du lavis s’oppose à l’accumulation de couches picturales, des teintes sourdes contrastent avec quelques touches vives, la qualité abstraite des œuvres se mêle à un côté narratif…

Lorsque l’on rentre dans l’une de mes expositions, je n’ai pas envie que l’on se pense face à un tableau mais plutôt dans un rapport entre l’humain et la matière.

Des toiles qui nous confrontent par ailleurs violemment à la matérialité de la peinture, qui questionnent le médium, dans la lignée -indirecte- de Supports/Surfaces ou de l’affichisme : l’artiste pense de fait la toile au regard du châssis et de la peinture, l’imprégnant d’une énergie, d’une force vitale qui se ressent lorsqu’on contemple ses œuvres : « quand j’évoque une volonté de figurer quelque chose, je ne le conçois pas littéralement, mais en pensant au cœur ou au ventre de la toile ». Le choix de grands formats vise par ailleurs à faire oublier quelque peu le tableau, permettre une immersion dans un nouvel espace et un moment en suspens.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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