L’esthétique vidéo d’Ali Kazma

JEU DE PAUME, Paris, Octobre 2017-Janvier 2018

Ali Kazma, mine, 2017

Découverte du travail vidéo du turc Ali Kazma au Jeu de Paume, qui se concentre sur l’activité humaine, sa capacité à transformer son environnement ou le corps -médium de notre relation au monde-. Des pièces brèves, d’une grande qualité visuelle, avec une attention extrême portée au détail, prenant parfois la forme de diptyque ou triptyque vidéo ou déclinées en séries.

Le parcours débute par une valorisation de formes du travail manuel : l’activité d’un calligraphe ou d’un clerc de notaire tamponnant des documents officiels. La vidéo se concentre sur les gestes, leur lenteur et précision dans « Calligraphy », 2013, leur rythme intense et leur musicalité dans Clerk, 2011. La violence sonore, la puissance évocatrice des images est également à l’œuvre dans le triptyque « Tea Time », 2017, filmé dans une usine de vaisselle en verre. Le cadrage souvent en gros plan, la qualité des couleurs et des textures, rendent sensibles l’atmosphère de travail, la fusion du verre, la chaleur alentour dans le cas de « Tea time ».

Ali Kazma, calligraphy 2013 (extrait)

D’autres vidéos explorent des lieux et leur mémoire, une mine de charbon de l’âge soviétique abandonnée de l’île de Spitzberg, une base militaire de l’OTAN aux Pays-Bas progressivement reconquise par la nature… « Mine », tournée au Chili en 2017, sonde le site à l’abandon d’une ancienne mine de salpêtre devenue camp d’internement sous Pinochet. Malgré la dimension politique présente dans de nombreuses pièces, y compris dans « l’atelier de Sarkis » et ses évocations tout à la fois de l’histoire de l’art (Grünewald) et de l’histoire tragique du XXe siècle (Hitler), les œuvres ne s’y réduisent pas et leur charge esthétique transcende toute approche documentaire. Elles procèdent parfois jusqu’à l’abstraction, comme dans le triptyque « Electric », 2016, qui montre l’enroulement de câbles électriques de haute tension en se focalisant sur leur texture et le travail de la lumière. « Electric » évoque d’emblée l’histoire de la peinture abstraite tout en sondant la vitesse des communications actuelle.

Ali Kazma, Clerk, 2011 (extrait)
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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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