Lhuisset, Janssens…

INSTITUT DU MONDE ARABE, Paris, Septembre, Décembre 2016

GALERIE MENNOUR, Paris, Septembre-Octobre 2016

Emeric Lhuisset-Institut du Monde Aarabe, Paris-7 octobre 2016

L’insertion de l’exposition « last water war, ruins of a future » d’Emeric Lhuisset dans les salles du musée de l’Institut du monde arabe s’avère tout à fait pertinente et agréablement scénographiée. L’exposition débute par une salle assez forte proposant, outre quelques photographies, un ensemble de projections dont une interview de l’artiste, le tout se reflétant dans un jeu de miroirs, soit une entrée directe dans le propos du projet de Lhuisset autour du site archéologique irakien de Girsu (capitale religieuse de Lagash). L’artiste entend en effet évoquer la première guerre de l’eau connue, guerre autour des canaux d’irrigation alimentés par le Tigre, qui s’est déroulée vers 2600 avant JC entre les cités-Etats d’Umma et de Lagash, jusqu’à la destruction de Girsu en 2350 avant JC.

Plus profondément, il questionne, à travers l’Histoire, la possibilité d’une nouvelle guerre de l’eau à l’avenir. L’étymologie témoigne de l’ancienneté de ce type de conflits, le latin « rivalis » (rivalité) signifiant « celui qui utilise la même rivière qu’un autre ». Le projet s’articule principalement autour de photographies, panoramas et images aériennes représentant le site en ruines. Des photographies arides, au ciel souvent blanc, au sol stérile, la terre craquelée par la sècheresse, quelques amas de briques témoignant de l’antique cité, ponctuent ça et là les salles historiques du musée jusqu’au grand tirage proposé à l’extérieur.

Quant à l’exposition de l’artiste belge Ann Veronica Janssens à la galerie Kamel Mennour, elle propose un ensemble de pièces intéressantes, bien que moins spectaculaires et immersives que celles présentées dans le cadre de l’exposition Dynamo au Grand Palais en 2013. Le triptyque de vitres irisées qui ouvre l’exposition est particulièrement remarquable, leur coloris changeant avec la lumière et au gré des déplacements du spectateur, ainsi que « Pégase », lac également changeant de paillettes dispersées sur le sol de la galerie, évoquant peut-être le coup de sabot du cheval mythologique qui fit naître ainsi la source des neuf muses.

Comme le rappelle Annabelle Gugnon, « c’est la perception qui sculpte ; ce n’est plus la sculpture qui est objet de perception », analysant cela comme une prolongation du minimalisme de Carl André -qui posait lui la sculpture « comme lieu à partir duquel regarder l’espace »- en instaurant « l’oeuvre comme possibilité d’exploration de soi-même ».

A voir également chez Kamel Mennour « l’écriture des lignes », de Zineb Sedira, ensemble assez hétérogène consacré à la terre, la terre comme habitat, comme territoire ou encore comme parcelle du monde. A noter tout particulièrement la belle série consacrée à Torne, fleuve de Laponie, images poétiques des eaux gelées, entre microscopique et macroscopique. Ou encore la série (photographies et vidéo) consacrée à son père arpentant ses terres d’Algérie et associant ainsi la notion de territoire à son expérimentation physique, corporelle.

Facebookrss
Facebookmail

Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *