L’Italie d’Herbert List

Herbert List, The horses of San Marco, Venice, Italy, 1939

Photographie / LIST

The lens cannot be objective

Herbert List

GALERIE KARSTEN GREVE, PARIS, Novembre 2020-Février 2021

La galerie Karsten Greve, Paris, expose une part des photographies réalisées en Italie par le photographe allemand entre 1933 et 1961.

L’exposition en cours se consacre aux photographies prises en Italie où l’on observe un étonnant cheminement depuis les propositions des plus esthétiques des débuts à des recherches plus documentaires avec sans doute un intérêt constant pour la représentation du corps, particulièrement le corps nu masculin, sculptural et idéal, et des ruines contemplées tant en Grèce qu’en Italie, reflet d’une formation classique et d’une vive passion pour l’art et la mythologie antiques.

Les séries réalisées dans les années trente se caractérisent de fait par leur mystère et leur élaboration. List s’inscrit dans l’esprit de son temps tant par sa rigueur formelle qui fait écho au Bauhaus que par ses rapprochements détonants ou énigmatiques à la manière des surréalistes. Il joue prioritairement avec les ombres lesquelles donnent leur qualité unique à ses compositions, particulièrement dans une oeuvre telle que « The Horses of san Marco », 1939. S’il semble se plaire à réduire tout objet, toute figure aux ombres qu’il fait naître, il accentue par ailleurs l’aura d’irréalité, sinon de surréalité que produisent des ombres illogiques de même que Chirico s’éloigne dans ses représentations de places italiennes de la perspective classique pour donner à voir un sentiment d’étrangeté, sinon d »inquiétante étrangeté ».

Firenze, 1939

Ailleurs, c’est le rapprochement de deux réalités quelque peu inattendues qui rappelle l’esthétique surréaliste tout en se révélant redoutablement efficace, par exemple dans « Finger of God – statua colossale di Costantino », Roma, 1949, portrait d’un prêtre tonsuré accoudé contre l’index monumental, dressé vers les cieux, de la statue fragmentaire de l’Empereur Constantin ; ou encore dans les vues de jeunes bergers gardant leurs troupeaux dans les ruines de Bomarzo : « Mostro in the Garden of Palazzo Orsini », « Hannibal’s Elephant and leaning house in the Sacro Bosco », Bomarzo, 1952.

List évoque de fait une tentative de capturer l’essence magique (« fotografia metafisica ») habitant et animant le monde des apparences et n’est pas sans évoquer alors deux peintres qu’il côtoie : Giorgio du Chirico et Giorgio Morandi.

On relève une évolution radicale après la guerre, permise par l’usage d’un Leica, la fréquentation de photographes de l’agence Magnum (Capa, Cartier-Bresson) et l’influence du néoréalisme, vers plus de spontanéité, comme dans les remarquables photographies de la série « View from the Window » de 1953 saisies depuis la fenêtre de l’appartement d’un ami dans le Trastevere à Rome. La thématique de la ruine, reflet d’un idéal classique quelque peu teinté de sublime, recule alors au profit d’une observation rapide d’un quotidien chaotique et quelque peu précaire. La figure s’efface devant la géométrie des pavés et le jeu des ombres mais le photographe est désormais en mesure de capturer le mouvement, l’instant.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.