Mendieta & Lange au Jeu de Paume

GALERIE NATIONALE DU JEU DE PAUME, Paris, Octobre 2018 – Janvier 2019

Ana Mendieta_jeu de paume_29 décembre 2018

Le jeu de Paume s’intéresse au travail vidéo de l’artiste cubaine Ana Mendieta, « earth body », entre performance et Land art, réalisé au cours des années 1970. L’artiste met en jeu son corps, nu, dénué de tout artifice, de toute conformité aux codes sociaux, en relation à la terre et aux éléments : l’eau, le feu, tout d’abord directement, puis sous la forme de son empreinte, comme si le corps s’effaçait, finissant par fusionner avec la nature, ou comme un jeu entre visible et invisible, corps réel et corps fantasmé, sublimé. Le corps de l’artiste affirme sa présence, son existence, dans sa complexité, sa violence, convoquant un imaginaire archaïque, à rebours des images standardisées du monde contemporain, révélant ce qui est habituellement refoulé ou détruit. Il se coule ainsi, immobile, dans le lit d’une rivière, l’eau glissant sur lui et lui insufflant paradoxalement un mouvement. Il s’inhume dans la terre mais sa respiration rend cette-dernière singulièrement vivante.

Dans une autre vidéo, il s’agit seulement d’une figuration du corps, une empreinte, qui se dissout, se désagrège par le feu et dit la présence éphémère, la fragilité, du corps. Le sang est un autre matériau récurrent de la pratique de Mendieta, matériau dont elle retient la force et le caractère magique ; tout comme l’arbre dont elle explore la symbolique de l’arbre de vie. Elle sonde par ailleurs l’histoire, le temps, la mémoire, les rites en s’intéressant à des sites archéologiques mexicains ou la terre comme espace sacré.

En 1973, j’ai réalisé ma première œuvre dans une tombe aztèque qui était couverte de mauvaises herbes et de végétaux – la croissance de cette végétation m’a fait penser au temps. J’ai acheté des fleurs au marché, je me suis allongée dans la tombe et me suis recouverte de fleurs blanches. Par analogie, le temps et l’histoire me recouvraient.

https://diacritik.com/…/le-corps-au-dela-ana-mendieta…/

Si le parcours thématique proposé est quelque peu réducteur (mémoire, histoire, rituel ; corps, identité, sexe ; feu, arbre de vie ; eau, Cuba), les vidéos se révèlent d’une grande qualité et d’une réelle force. Simultanément, le musée consacre une exposition à Dorothée Lange, auteur de quelques unes des photographies les plus emblématiques de la Grande Dépression, particulièrement dans les zones rurales. Elle documente ainsi la situation des migrants qui quittent le Middle West pour la Californie et la puissance de ses images aboutit à la mise en place de camps d’hébergement dans le cadre du New Deal. Elle obtient par ailleurs l’un des contrats de la Farm Security Administration visant à établir des archives photographiques rendant compte de la politique de Roosevelt pour endiguer la pauvreté. L’exposition permet par ailleurs de découvrir d’autres séries de la photographe, consacrées notamment aux camps d’internement des Américains d’origine japonaise pendant la 2e guerre mondiale ou encore aux chantiers navals de Richmond.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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