Morandi, Regli, Laib, Orozco…une rentrée foisonnante dans les galeries

GALERIES ART CONCEPT, TEMPLON, CROUSEL, XIPPAS, ROPAC, MEYER, KARSTEN GREVE, FILLES DU CALVAIRE, PERROTIN, Paris, Septembre-Octobre 2017

GALERIE RX, Paris, Octobre-Novembre 2017

GALERIE PERROTIN, Septembre 2017

Morandi_galerie Karsten Greve, Paris_9 septembre 2017

Parmi la foison de propositions, j’ai particulièrement apprécié le très bel accrochage de la galerie Art concept consacré au suisse Peter Regli. Un ensemble d’encres et de sculptures, les unes aux allures de cages d’oiseaux qui se révèlent de simples morceaux de pierre prélevés par l’artiste ou des pièces abstraites, « reality hacking » (intervention dans le quotidien qui modifie notre perception du réel en y ajoutant une part d’utopie, de surréel), à l’allure charbonneuse sur socle ou en forme de foyer (« ring of fire »), d’une grande légèreté visuelle mais en réalité coulées en fonte ou en bronze.

http://slash-paris.com/…/peter-regli-one-day-one-night

George Segal_galerie Templon, Paris_9 septembre 2017

On connait les figures sculptées moulées en plâtre des plus naturalistes de George Segal mais ce qu’il expose actuellement galerie Templon devient de véritables installations sculpturales où l’homme est figé dans des scènes du quotidien, entre lascivité lorsqu’il s’agit de femmes étendues, s’abandonnant, sur un lit et inquiétude dès lors que toute la scène est peinte en noir, comme en négatif, incarnation d’une ombre.

http://www.paris-art.com/george-segal/

Gabriel Orozco_galerie Crousel, Paris_9 septembre 2017

La galerie Chantal Crousel accueille une nouvelle exposition de Gabriel Orozco. Un ensemble de pièces caractérisées par l’emploi de matériaux locaux et de techniques artisanales. Dans « Bali notebook », chaque dessin est le point de départ du suivant, comme un alphabet en cours d’élaboration constitué par la permutation de formes circulaires. « Rotoglyph » et « Rosette stone » sont comme des ready-made gardant trace d’un travail de sculpteur, mêlant le géométrique et l’accidentel. A noter également une belle série d’œuvres où sur fond de graphite l’artiste a creusé et peint des cercles colorés sans jamais que la forme et le fond ne s’intègrent totalement. On retrouve là différentes économies visuelles : du chromatique au graphique, de la forme peinte au diagramme…, un attachement au processus créatif (geste, structure, couleur, transferts…).

Georges Rousse, galerie RX, Paris_9 septembre 2017

A quelques pas, la galerie RX propose une exposition collective assez hétéroclite mais où se détachent d’imposantes photographies de Georges Rousse –interventions sur l’espace architectural par l’intégration de formes géométriques en anamorphose qu’il fige par la prise de vue- et une belle série de dessins de Mrdjan Bajic, assemblages formels et jeux d’échelles assez surréalistes. La galerie Xippas réunit un ensemble de pièces de Takis –exposé en 2015 au Palais de Tokyo-, travaillant et donnant à voir les forces invisibles et l’énergie, notamment celle des champs magnétiques, jusqu’à créer des « toiles » musicales (« Musical »), panneau de bois au dos duquel est fixé un aimant qui attire une aiguille suspendue, laquelle frappe une corde tendue sur le panneau produisant un son au rythme aléatoire des ondes magnétiques. Une musique du hasard qui n’est pas sans rappeler John Cage. Entre art, technologie et science.

Wolfgang Laib investit la galerie Ropac avec une installation épurée et délicate, en quête de l’essentiel, constituée de six Brahmanda (œufs de Brahma) en granit noir et d’une série de dessins au pastel blanc sur papier blanc à la limite du visible. Les œufs se réfèrent à la première œuvre de l’artiste en 1972, réalisée au retour d’un voyage en Inde et qui marqua un tournant dans sa vie, l’artiste délaissant la médecine pour l’art. La forme symbolique de l’œuf évoque la création du monde tout en interrogeant les notions d’auteur et de subjectivité liées à l’acte artistique. Elle semble emblématique d’un artiste cherchant à restaurer une relation spécifique à la nature. Les dessins évoquent eux un rituel Shintô.

Beuys_galerie Ropac, Paris_9 septembre 2017

C’est également à un ensemble de dessins que l’on se trouve principalement confronté dans « Joseph Beuys, backrest », également chez Ropac, dessins réunis autour de la sculpture « Backrest of a fine-limbed person (hare-type) the 20th century », réalisée à partir d’un corset thérapeutique moulé et reproduit en acier, métaphore du corps blessé chez un artiste qui pense le pouvoir guérisseur de l’art. « Dessiner est la première manifestation de mon œuvre…c’est le moment où les forces invisibles laissent place à la chose visible ». Un trait spontané, quasi accidentel et à la limite de l’abstrait. Des formes souvent hybrides (entre humain et animalité), allégories de l’union entre l’homme et la nature. L’artiste utilise des matériaux atypiques : mélange de peinture et de sang animal, cire d’abeille, craie, graisse animale… A noter que la figure de Beuys rédempteur est également évoquée galerie Meyer au travers d’un ensemble de pièces de Michel Aubry, qui la confronte à l’architecte moderniste (Rietveld).

Morandi_galerie Karsten Greve, Paris_9 septembre 2017

Quelques superbes natures mortes, en particulier « natura morta », 1955, de Giorgio Morandi à voir impérativement galerie Karsten Grève. Certes, lorsqu’on se souvient de l’impressionnant regroupement de toiles en 2002 au musée d’art moderne de la ville de Paris, particulièrement impressionnant dès lors que l’artiste a peu produit, on regrette quelque peu qu’il n’y ait davantage de natures mortes peintes et force paysages et dessins. Néanmoins, c’est toujours un tel plaisir de contempler ces œuvres tout en épure et en délicatesse de coloris dans leur dominante de gris des plus étudiés, une représentation du quotidien de l’artiste (bouteilles, vases, boites) tout à la fois sobre, subtile et prétexte à peinture où la forme, la couleur, l’espace l’emportent souvent sur un objet représenté de plus en plus simplifié à l’instar d’un Cézanne, que cette exposition mérite détours et retours. A noter la présence rare de quelques gravures. « Certains peuvent voyager à travers le monde et ne rien voir. Pour parvenir à sa compréhension, il est nécessaire de ne pas trop en voir, mais de bien regarder ce que l’on voit ».

Isabelle Ferreira_Métamorphose de l’ordinaire_galerie filles du calvaire, Paris_9 septembre 2017

La galerie des filles du Calvaire réunit un ensemble de sculptures sur la thématique du bricolage. Cette « métamorphose de l’ordinaire » adopte des formes des plus diverses, des mécanismes sonores et habiles de Loic Pantaly au mur hérissé d’outils d’Alexander Raczka en passant par la machine délicate, laboratoire poétique, « Athanor », de Matthieu Raffard, évoquant la quête des alchimistes du XVIIe, par le tissu de table de Linda Sanchez, déjà présenté au dernier salon de Montrouge ou encore par la pratique pauvre d’Isabelle Ferreira qui expose des planches peintes à l’acrylique et sculptées par le vide, par soustraction, d’une réelle poésie. Le commissaire rappelle que l’origine du mot bricole est guerrière et médiévale, le terme désignant alors la catapulte, pour évoquer ensuite tromperie, manœuvre détournée et un « faire « particulier. Intéressant à défaut d’être séduisant.

Quant aux expositions en cours chez Perrotin, outre l’écho rendu au pavillon français de Xavier Veilhan par un ensemble de sculptures de l’artiste (à vrai dire plus significatives et intéressantes que son studio d’enregistrement vénitien, avec ses figures facettées et ses jeux optiques), elles sont l’occasion de découvrir l’univers fantastique et hybride d’une grande étrangeté de Klara Kristalova, entre dessin, sculpture et céramique. Le jeu de l’inconscient plus qu’une référence à des récits concrets. Ou encore les clins d’œil ironiques mais relativement kitsch de Chen Fei à l’histoire de l’art.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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