Musée Fabre, Montpellier

Soulages_musée Fabre_Montpellier_27 février 2018

Si la donation Soulages est indubitablement le joyau du musée Fabre, les collections permanentes témoignent d’une belle diversité et de quelques remarquables lignes de force.

Malgré l’absence de toute peinture médiévale et une relative faiblesse de la peinture renaissante italienne et française à l’exception de quelques œuvres des ateliers Botticelli et Ghirlandaio, un beau portrait de Corneille de Lyon ainsi qu’un Véronèse et un Palma Giovane du côté de l’art vénitien, on relève d’intéressantes toiles maniéristes dont une charité de Jean Cousin, l’auteur de la célèbre « Eva Prima Pandora » du Louvre, et une « Vénus et l’amour » d’Allori (après 1570) qui mêle avec une étonnante dextérité les influences : les puissants corps d’un Michel Ange, les tons acides d’un Bronzino, la maîtrise et la délicatesse des paysages flamands.

Le XVIIe siècle est mieux représenté dans les collections du musée. Se distinguent tout particulièrement une très belle série de toiles de Sébastien Bourdon, entre bambochades et atticisme, dont le sublime « portrait d’homme aux rubans noirs » (1657-58) qui évoque, par sa pose et l’incroyable traitement du vêtement, l’art de portraitiste d’un Van Dyck ; un époustouflant portrait du Bernin attribué à son atelier, un imposant « portrait du cardinal de Bonsy » du Dominiquin (1616), qui conjugue avec virtuosité vérité psychologique et somptuosité du détail, une surprenante « sainte Marie l’Egyptienne » de Ribera (1641), d’une grande intensité spirituelle, à l’instar de « l’ange Gabriel » et de « la Sainte Agathe » de Zurbaran des années 1630, des toiles de Preti, Spada, Poussin (« Vénus et Adonis »), Cagnacci, la Hyre…ainsi qu’une belle série de paysages, portraits et scènes de genre des maîtres flamands (un dramatique « paysage par temps d’orage » de Ruisdael (1649), des œuvres de Rubens, Wouwerman, Mieris, Metsu…).

Courbet, le bord de mer à Palavas 1854_musée Fabre_Montpellier_27 février 2018

Les XVIIIe et XIXe siècles sont principalement présents par l’art français, de grandes toiles mythologiques de Lagrenée, Restout, Vien, Coypel… dont nombre de morceaux de réception à l’Académie royale de peinture et sculpture exposés dans la fastueuse galerie des colonnes, de remarquables toiles de Courbet dont l’étonnant « bord de mer à Palavas » (1854) confrontant l’homme à l’immensité des éléments, quelques œuvres intéressantes de David (dont le très beau « portrait d’Alphonse Leroy »), Girodet, Delacroix…tandis qu’on peut oublier les grandes machines académiques et pompeuses d’un Cabanel malgré les tentatives de réhabilitation de l’historiographie récente.

La sculpture se révèle alors plus présente dans le parcours d’exposition avec un ensemble admirable de plâtres, de terre cuite ou de marbre d’Houdon (le plâtre du Voltaire assis dont le marbre original est à la comédie française, des bustes de Molière et Rousseau, la sublime « frileuse », loin des représentations traditionnelles de l’hiver et qui traduit la rigueur du froid par le contraste fascinant entre le corps nu et l’étoffe, l’écorché), de Pajou ou encore, pour le XIXe, « la Nyssia » de Pradier. Les avant-gardes du début du XXe siècle sont absentes, et l’on plonge donc d’emblée dans une modernité contemporaine et abstraite avec des toiles de Poliakoff, Hantaï, Zao Wou Ki, Hartung, de Staël à la frontière de l’abstraction et de la figuration dans « Ménerbes » (1954) et surtout Soulages.

Les salles consacrées à ce-dernier sont éblouissantes : des brous de noix des débuts à la peinture gestuelle assez fluide et laissant parfois encore place à quelques velléités de couleurs (bleu, rouge, ocre, blanc) des années 60-70 jusqu’aux premiers outrenoirs des années 80, panneaux d’une grande densité de matière, d’une singulière variété de rendu malgré l’omniprésente d’un noir profond et cependant d’une grande diversité de teintes par le seul jeu de la lumière jouant sur les traces de la brosse. Je ne me lasserai jamais de contempler longuement ces toiles en observant leur variation au gré du jour, du positionnement de la toile comme du regard, notant la beauté et la sensualité de la texture, de surprenants effets de reliefs et d’entailles dans certaines pièces, la couleur virant au gris sous le jeu de la lumière.

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