PLACE DE L’ETOILE, Paris, Septembre-Octobre 2021

En 1961, trois ans après leur rencontre à Paris, Christo et Jeanne-Claude commencent à concevoir et réaliser des œuvres temporaires pour l’espace public. L’artiste, qui vivait alors dans une chambre de bonne près des Champs-Elysées, réalise dès 1962-63 un photomontage avec l’Arc de triomphe empaqueté, puis, en 1989, un collage, avant de développer ce projet à partir de 2017. Il s’agit de sa seconde intervention parisienne après l’empaquetage du Pont-Neuf en 1985 dont le processus de création a été rappelé dans l’exposition monographique que lui a consacré le Centre Pompidou l’an dernier.
Reportée en raison de la pandémie, l’œuvre vient de prendre forme après deux mois d’installation nécessitant quelque 25 000 m2 de tissu en polypropylène argent bleuté et 7000 mètres de corde rouge, l’implication d’ouvriers professionnels du bâtiment et d’une trentaine d’alpinistes.
Il est très important de comprendre que nous ne faisons jamais la même chose deux fois ; chacun de nos projets est unique. Nous ne ferons jamais un autre ‘Gates.’ Chaque projet est une image unique. Nous ne savons pas à l’avance à quoi ressemblera le travail. Je fais des dessins préparatoires, mais ce ne sont que des projections de notre vision.
Christo

Christo_Place de l’Etoile, Paris_25 septembre 2021 
Pour Christo, il s’agit de réinterpréter un objet architectural en œuvre d’art, en sculpture éphémère, un objet choisi pour sa dimension symbolique, sa beauté structurelle et son intégration dans l’espace urbain.
L’Arc de Triomphe, dont la construction a été voulue par Napoléon qui déclara à ses soldats, au lendemain d’Austerlitz (1805), « vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe », est un monument éminemment symbolique qui perpétue la mémoire des victoires des armées françaises et incarne, avec le tombeau du soldat inconnu de la première guerre mondiale et la flamme du souvenir, le courage et le sacrifice d’hommes qui ont donné leur vie pour l’indépendance de leur pays. Il a été édifié par Chalgrin, lequel s’inspire notamment de l’arc de Janus et de l’arc de Titus de Rome. Placé dans l’axe de la grande perspective des Tuileries à l’Arche de la Défense en passant par la place de la Concorde et les Champs-Elysées, il est par ailleurs emblématique de l’urbanisme haussmannien, l’Etoile étant constituée de douze branches, douze avenues rayonnant autour de la place.
Quoique la démarche de Christo n’ait plus rien d’original aujourd’hui et paraisse quelque peu répétitive même si l’artiste s’en défend, elle renouvelle le regard porté sur le monument, d’autant que l’artiste entend animer son objet par le choix d’une toile plus lourde que celle utilisée pour l’emballage du Pont Neuf, deux fois plus grande que la surface de l’Arc, avec beaucoup de plis.
Ce sera comme un objet vivant qui va bouger dans le vent, refléter la lumière et avec ces plis qui vont bouger, la surface du monument va devenir sensuelle, les gens auront envie de toucher l’Arc de Triomphe.
Christo
Si l’aboutissement de ce projet apparaît comme un hommage à l’artiste décédé en mai 2020, j’aurais poussé l’audace jusqu’à l’adoption d’une toile noire, endeuillant le monument tout en rappelant qu’il est avant tout le premier monument aux morts de France, comme une étrange relecture du triomphe romain, cortège du général vainqueur depuis le Champ de Mars jusqu’au Capitole, parfois parachevé par l’édification d’un monument, célébration du retour à la paix et à la vie civile du soldat-citoyen et non d’une mort glorieuse.








