GALERIE CEYSSON & BENETIERE, Mai – Juin 2019
GALERIE RABOUAN MOUSSION, Mai – Juillet 2019

Malgré l’intérêt de la démarche, « the white matter », exposition monographique consacrée par la galerie Ceysson & Bénétière à Mounir Fatmi ne m’a guère émue esthétiquement. L’artiste poursuit son travail sur l’impact des nouvelles technologies sur la mémoire et leur obsolescence de plus en plus rapide. L’œuvre présentée à la Xe biennale de Lyon en 2009 (« ghosting »), travaillant les mêmes thématiques, m’avait toutefois semblé plus percutante avec ses photocopieurs crachant inlassablement des bandes VHS, vaste et troublante métaphore de l’effacement de la mémoire matérielle. Dans ce nouvel ensemble de pièces : tableaux ou sculptures de câbles blancs, machine à écrire surmontée de marteaux évoquant tout aussi bien le martèlement régulier des touches que leur destruction, vidéo-performance montrant l’artiste jongler avec des livres dans une clairière, l’artiste réemploie des supports désormais périmés par le numérique afin de mettre en évidence combien ces évolutions ont bouleversé notre perception du monde et notre mémoire. Le titre de l’exposition, tout en évoquant l’effacement, fait référence à la partie du cerveau responsable de la diffusion des informations dans le système nerveux, également constituée de multiples câbles (axones) blancs (du fait de la myéline) assurant la transmission des signaux entre les neurones, les câbles constituant ainsi le médium de communication par excellence et primant même –selon les théories de McLuhan- sur le contenu transmis.
C’est dans un registre peut-être plus existentiel mais tout aussi aseptisé (et également perturbant) que travaille depuis quarante ans Erwin Olaf. La galerie Rabouan Moussian présente jusque fin juillet la dernière série photographique réalisée par l’artiste, « Palm springs », ainsi que quelques vidéos, qui conclut un triptyque dédié à des villes en mutation et s’intéresse, après Berlin (2012, ou les incertitudes pensant sur la démocratie) et Shanghai (2017, ou la place d’un individu au sein d’une métropole surpeuplée et hypermoderne, au changement climatique. Une série où affleure un pessimisme sourd en dépit de la beauté indéniable –mais figée et quelque peu inhumaine dans son excessive perfection- des portraits et « décors », de la maîtrise technique quasiment chirurgicale qui n’est pas sans évoquer les maîtres de la nature morte du XVIIe siècle –« la réalité s’insinue dans le paradis que nous essayons désespérément de maintenir », où apparaissent d’ailleurs quelques paysages, assez inédits chez l’artiste…« Ce que j’aimerais faire voir dans mes photographies, c’est un monde parfait avec une fissure à l’intérieur. Mon travail consiste à rendre l’image d’abord suffisamment attrayante pour que les gens aient envie de regarder l’histoire que je leur raconte, puis à ce qu’elle leur donne une gifle. » Erwin Olaf. La fissure est de plus en plus sensible et apparente, au fil du temps, dans l’œuvre d’Olaf.




