BEAUX-ARTS DE PARIS, 25-29 juin 2019

La dernière session des ateliers ouverts de l’Ecole des Beaux-arts de Paris réservait comme à l’accoutumé quelques belles découvertes, prolongées par l’exposition des diplômés 2018, Finale. S’il est toujours difficile de trouver quelques lignes directrices parmi des propositions plurielles et reflétant la vivacité de la création actuelle, quelques jeunes artistes ont retenu toute mon attention.
Du côté de l’exposition des diplômés, les œuvres sur papier, au fusain ou à la poudre de shungite (pierre constituée de carbone) de Katarzyna Wiesiołek, artiste remarquée au salon de Montrouge 2018, se révèlent tout à fait fascinantes par leur maîtrise technique exceptionnelle, l’intensité des noirs, la précision et pertinence photographiques des cadrages, l’intimité et la sensibilité à l’œuvre dans chaque dessin, qu’il s’agisse du paysage quasiment abstrait de « Shungite », 2019 ou de l’étude de mains de « Contact », 2019, inscription de l’éphémère sur la feuille.
« Sans titre », 2017, de Lenny Rébéré, est une imposante pièce de verre gravé et encré travaillant sur la prégnance des images dans notre société, des images fragmentaires, hétérogènes, perçues par écrans interposés et devenant peu à peu notre propre réalité. Le virtuel évoque vaguement un réel que l’on ne sait plus voir. Une pièce profonde, perturbante et d’une remarquable efficacité. Les pièces épurées, fondées sur la géométrie, de Dana-Fiona Armour, recourent à des matériaux organiques (sang ou gélatine de porc, poudre d’os…) et peuvent apparaître comme la mise à plat d’un corps vidé de sa substance (sang, organes, os, chair). L’installation de Juliette Minchin, « la danse de la pluie », convoque des références extra-européennes, primitives : le rituel du serpent des Hopis qui marqua particulièrement Aby Warburg et consistait en une procession autour de serpents afin de déclencher la pluie et obtenir la protection divine des récoltes. La jeune artiste présente une suspension délicate et fragile à base de céramique, d’eau, de tuyau, de leds, de plastique, de tresse…évoquant la mue du serpent comme le rituel des Hopis. Une vanité contemporaine.
On remarque par ailleurs une nouvelle installation d’Agata Ingarden, « Vénus », réalisée à partir de métal, d’huitres et sucre carbonisé. Si le titre de l’œuvre renvoie à tout un imaginaire de beauté et d’érotisme, tandis que le recours à des matériaux périssables et consommables renvoient à la nourriture, la pièce ne se situe pas moins entre attraction et répulsion et dégage une certaine froideur en dépit de la complexité remarquable de sa structuration. Le peintre Clément Denis laisse quant à lui ses figures affleurer d’une multitude de strates picturales déchirées, traces d’un rapport physique, proche de la performance, avec la matière. Un jeu d’effacement et d’apparition, une perturbation de l’habituelle « surface » picturale, métaphore d’un espace imperceptible et inintelligible. Un travail très éloigné de celui, manifestation expansive d’un certain plaisir de peindre, d’Hélène Chean mais non sans écho avec les pièces de Lucas Talbotier, travail sur l’aplat, la couleur, la trace, même si l’approche technique et le résultat esthétique diffèrent profondément. A noter enfin des dessins de Lucie Martin-Granel, entre art et science, architecture et imagerie médicale, tels que son triptyque « Pyramide », 2018, réalisé à partir d’IRM de son cerveau ainsi que les collages délicats de Théodora Kanelli.
Du côté des ateliers ouverts -occasion de contempler la belle restauration de la cour du mûrier-, l’atelier Tayou m’a semblé une nouvelle fois des plus stimulants par la cohérence et la beauté de l’accrochage, l’originalité des pièces exposées, le contraste poétique et oxymorique des matériaux (vélos de bois et de papier et cependant tridimensionnels, rideau tissé de métal etc.). Les ateliers Sarcevic et Rochette présentaient également quelques pièces intéressantes : installations tout à la fois sculpturales et olfactives dans l’un, à partir d’un travail de détournement de déchets, vêtements de métal de Typhanie Vallée…Dommage que toute cette vitalité artistique ait eu peu de public cette année, faute d’une communication correcte sur la tenue de l’évènement.























