MUSEE DU LUXEMBOURG, Paris, Octobre 2017-Janvier 2018

Très belle surprise au musée du Luxembourg…L’exposition « Rubens, portraits princiers » réunit un remarquable ensemble de portraits de cours : cour des Gonzague à Mantoue, cour de l’archiduc Albert et de l’archiduchesse Isabelle Claire Eugénie à Bruxelles, cour de Philippe IV à Madrid, cour de feu Henry IV et Marie de Médicis, Louis XIII et Anne d’Autriche à Paris. Manifestement, les talents du maître flamand me paraissent plus fragrants dans cet exercice certes contraint qu’est le portrait de cour que dans ses grandes toiles mythologiques ou allégoriques dégoulinant de nus plantureux.

Rubens, Portrait d’Isabelle d’Este 
Rubens, portrait de l’archiduc Ferdinand
La qualité des coloris, le raffinement des textures des splendides costumes d’apparat et autres attributs du pouvoir (bâton de commandement, ruban de l’ordre du st esprit de Louis XIII…), la vivacité, le naturel et la profondeur psychologique des traits des visages en font un digne héritier du Titien dont l’influence transparaît particulièrement dans les superbes portraits de la période italienne et notamment le portrait d’Isabelle d’Este. Les fonds, brossés avec fougue, frisent parfois singulièrement l’abstraction, la priorité étant donnée au modèle. La touche est souvent généreuse et ample à l’exception de la magistrale copie du portrait de Charles Quint de Titien par Rubens. Le portrait de l’archiduc Ferdinand gouverneur des Pays-Bas, se détachant sur un paysage orageux mis à distance par un pan de rideau dans la tradition baroque, m’a semblé l’acmé de cette sélection, par la grande subtilité du traitement du visage, la posture déterminée, la richesse et la parfaite maîtrise des coloris : la dureté métallique et froide de l’armure étant tempérée par une écharpe au rouge incroyablement délicat et nuancé qui se trouve équilibré dans la composition par un tapis de table également rouge.

Pourbus, Marguerite de Gonzague 
Velazquez portrait de Philippe IV
L’exposition ménage par ailleurs des parallèles d’une grande efficacité avec ses grands contemporains : une fascinante Marguerite de Gonzague de Pourbus le jeune (1606), fascinante par la grande délicatesse des traits et le traitement extrêmement minutieux du vêtement ; deux impressionnants pendants du couple régnant des Pays Bas par Cornelis de Vos ; une Marie de Médicis de Van Dyck sombre, exilée un temps, après sa rupture politique avec Louis XIII et Richelieu, à Anvers dont on distingue la cathédrale à l’arrière plan, la couronne de France abandonnée à ses côtés (1631) ; un impressionnant portrait équestre de Philippe IV par Velasquez entouré d’allégories (la foi, la justice, l’hérésie terrassée), copie d’une œuvre détruite de Rubens ; une imposante galerie de portraits de Louis XIII, confrontant des œuvres de Rubens -dont une étude préparatoire réalisée face au modèle d’une incroyable spontanéité tandis que le portrait officiel qui en résulte est beaucoup plus sobre-, de Philippe de Champaigne et un singulier portrait de Juste d’Egmont. Elle témoigne aussi de la diffusion de l’œuvre de Rubens par des gravures de qualité (Paulus Pontius notamment), participant de la renommée du peintre comme de celle de ses modèles.
Certes, la « galerie Médicis », grande commande de Marie de Médicis à Rubens sur son histoire et celle, non réalisée, de feu son époux Henri IV qui aurait trouvé tout son sens dans ce musée tout proche du palais du Luxembourg de Salomon de Brosse (1615-25), lieu originel d’exposition de la série, n’est présente que par le biais d’estampes et de projections. Les toiles, monumentales, entre histoire et mythe, portrait et allégorie, sont demeurées au Louvre. Quoiqu’il en soit, le cœur de l’exposition ne m’a pas semblé, malgré le propos inaugural du commissaire, Marie de Médicis et Rubens mais bien plutôt le portrait de cour sous le pinceau et à l’âge de Rubens. Le parcours s’achève par un éblouissant autoportrait : l’artiste se représente de trois-quarts, dans un clair-obscur parfaitement maîtrisé et quelque peu rembranesque, en gentilhomme et non en peintre, signe d’orgueil et de gloire. A voir ! Ne serait-ce que pour découvrir une part relativement méconnue de l’œuvre de Rubens et nombre de toiles de toute beauté rarement exposées en France.













