Siskind, l’épure photographique

LES DOUCHES LA GALERIE, Paris, Octobre – Décembre 2018

Siskind, Arequipa 94, 1979

In the pictures you have the object…but you have in the object or superimposed on it, a thing I would call the “image” which contains my idea. And these things are present at one and the same time. And there’s a conflict, a tension. The object is there, and yet it’s not an object. It’s something else. It has meaning, and the meaning is partly the object’s meaning, but mostly my meaning.

Aaron Siskind

Une quarantaine de photographies emblématiques des expérimentations du photographe était exposée aux Douches la galerie, témoignant d’un certain dialogue avec l’abstraction picturale américaine des années 40-60 des de Kooning, Newman ou Kline avec lesquels il partage une même exploration du détail, du fragment, de la forme et du mouvement, une même prédilection pour la planéité et la bi-dimensionnalité, aux dépens de tout naturalisme et de tout illusionnisme perspectif, narratif ou encore littéral et tout en conservant un attachement au réel hérité de sa formation documentaire. Il inscrit et ordonne en effet ses objets au sein de compositions géométriques rigoureuses exprimant une dualité fondamentale. L’acte de voir prime alors sur le sujet et il s’agit moins pour Siskind de saisir le réel que de transcrire une expérience sensible et temporelle, intime, dans une poétique de la matière.

For the first time in my life, subject matter as such had ceased to be of primary importance. Instead I found myself involved in the relationships of these objects so much so that the pictures turned out to be deeply moving and personal experiences.

The Drama of the Objects, 1945

Il explore les textures, les surfaces –des surfaces souvent meurtries, biffées, entaillées, partiellement peintes comme dans la remarquable « Arequipa 94 » (1979) – : papier déchiré, peinture écaillée, trous et rugosités minérales, formes précaires, signes, murs, palissades… et les agence, non dans un désir purement abstrait, maniéré ou décoratif mais en les mettant en relation et en leur donnant une présence, une sensualité. Une poétique de la matière et du temps, temps de la prise de vue -au protocole immuable-, amplifié par la sérialité du médium, fréquemment exploitée par Siskind.

Facebookrss
Facebookmail

Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *