Tobey chez Peggy Guggenheim

FONDATION PEGGY GUGGENHEIM, Venise, Mai-Septembre 2017

Mark Tobey_Fondation Peggy Guggenheim_Venise_26 août 2017

We hear some artists speak today of the act of painting . . . but a State of Mind is the first preparation and from this action proceeds. Peace of Mind is another ideal, perhaps the ideal state to be sought for in the painting and certainly preparatory to the act.

Mark Tobey, 1958

La fondation Peggy Guggenheim consacre une exposition à l’oeuvre de l’américain Mark Tobey, influencé notamment par la calligraphie asiatique. Avec quelque 70 toiles de 1920 à 1970, elle témoigne de la richesse et de la diversité de son parcours, des toiles marquées par le cubisme et la peinture métaphysique d’un Chirico, des paysages mystiques aux aplats de couleurs froides à la Hartley jusqu’au déploiement de son écriture blanche et aux enchevêtrements de lignes qu’on lui associe plus immédiatement, en passant par des encres inspirées des techniques japonaises.

En 1944, lorsque les œuvres de Tobey composées de toiles complexes et de lignes délicates au rendu calligraphique sont exposées pour la première fois à New York, elles suscitent beaucoup d’intérêt par leur beauté nuancée mais radicale, leur mélange singulier d’influences orientales et occidentales. Ses peintures et dessins se caractérisent par leur subtilité, leur épure, leur complexité frisant l’hermétisme et leur modestie –Tobey opte en effet prioritairement pour des petits formats même s’il abandonnera un temps la détrempe pour l’huile et de plus grands formats tendant à une esthétique de la transcendance-. Ils nécessitent une attention soutenue, méditative.

Dans The Void Devouring the Gadget Era, 1942, des flous fantomatiques de pigments obscurcissent les formes. Les réseaux linéaires de Tobey, aux rythmes saccadés, se fondent tout d’abord sur ce qu’il observe, la ville, l’architecture subtilement évoquées, puis témoignent de préoccupations plus philosophiques, ce que soulignent les titres (Universal Field, The Way…).

Mark Tobey, The way 1944

Caractérisée par des lignes blanches en mouvement symboles de lumière, l’écriture blanche de Tobey anticipe les innovations formelles de l’école de New-York (dont Jackson Pollock). Emblématique de cette période, The Way, 1944, use d’une technique calligraphique en cohérence avec la ville moderne selon l’artiste et rapprochée des coulures d’un Pollock.

I could paint the frenetic rhythms of the modern city, something I couldn’t even approach with Renaissance techniques.

S’il partage certains traits avec l’expressionnisme abstrait dans son mode de composition, l’aspect gestuel de certaines toiles et la référence au surréalisme, il s’en distingue par la petitesse et l’intimisme de ses formats à rebours de l’art américain de l’après-guerre en pleine affirmation, son nomadisme et des influences non-occidentales prégnantes. De fait, son « écriture blanche » doit autant, sinon plus, à l’art asiatique et à l’art islamique qu’à l’automatisme surréaliste. Ces petites pièces souvent sur papier sont couvertes d’une forme d’écriture –illisible et abstraite- sur un fond plus foncé, sans profondeur ni centre, en appelant à la méditation, au spirituel. De fait, dès 1918, Tobey se convertit au béhaïsme, religion persane prônant l’unité spirituelle, signe d’un vif attrait pour l’Orient qui se manifestera par de nombreux voyages. A ses yeux, la peinture vise avant tout à atteindre un «état de conscience supérieur ».

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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