Un trio inattendu Derain Balthus Giacometti + Appel

Giacometti, nature morte aux pommes 1960_Derain Balthus Giacometti_musée d’art moderne_3 juin 2017

MUSEE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS, Juin-Octobre 2017

Visite des expositions en cours au musée d’art moderne de la ville de Paris hier.

Bien que guère amatrice de CoBrA (Copenhague-Bruxelles-Amsterdam), j’ai trouvé l’exposition que le musée consacre à l’un de ses artistes fondateurs, Karel Appel, à l’occasion d’une donation, non sans intérêt. La vidéo projetée dans l’une des salles, où l’on peut voir l’artiste en train de réaliser une de ses toiles, est particulièrement significative de l’investissement physique total du peintre dans le processus de création. Il ne s’agit pas seulement de la gestuelle mais bien de l’ensemble du corps qui s’échine contre la toile et projette une peinture dense et sortie du tube ou déposée violemment au couteau ou avec le doigt. Impressionnant.

D’autant que par-delà un mode de représentation souvent « primitif » et spontané, avec comme références l’art des enfants, l’art populaire ou encore l’art des malades, rejetant les rigueurs de l’abstraction contemporaine du mouvement, les toiles qui résultent de ce faire particulièrement dynamique n’en flirtent pas moins parfois avec l’abstraction et ne sont pas sans correspondance pour certaines avec les débuts de Pollock. On note également au fil du parcours des toiles à l’esprit pop, d’autres annonçant le faire d’un Baselitz.

Derain, le joueur de cornemuse_Derain Balthus Giacometti_musée d’art moderne_3 juin 2017

Quant à l’objet principal de cette visite, l’exposition « Derain-Balthus-Giacometti, une amitié artistique », elle entend témoigner d’une communauté esthétique marquée par un fort désir de modernité tout en se nourrissant des maîtres du passé, des thématiques partagées (la nature morte, le jeu, le rêve, l’atelier etc.) et permet notamment une relecture de l’œuvre d’un Derain trop souvent enfermé dans le fauvisme.

J’en retiens un très bel ensemble d’œuvres de Giacometti, sculptures (l’homme qui marche, l’homme qui chavire, la forêt, la cage, femme cuillère etc.), peintures (nature morte aux pommes, la mère de l’artiste), et remarquables dessins traduisant son intérêt pour l’art ancien (dessins d’après les sculptures de Michel Ange pour la chapelle Médicis, du péché originel de Masolino etc.).

Une section un peu trop importante est consacrée aux réalisations de Balthus et Derain pour la scène (il est vrai que tous deux côtoyaient Artaud). Quelques surprenants et remarquables portraits de Balthus dont « le roi des chats », quelques rapprochements pertinents témoignant des échanges entre les artistes tels que « la jeune fille à la chemise blanche » de Balthus voisinant avec « le nu assis à la draperie verte » de Derain.

La section « la griffe sombre », consacrée au combat des trois artistes avec le réel, est peut-être la plus intéressante avec les surprenantes « bacchantes » de Derain, à la touche étonnamment sauvage et libérée voire quelque peu maniérée, sur un fond noir envahissant, la lutte de Giacometti avec le réel, particulièrement sensible dans ses portraits striés de traits.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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