Une collection éclectique au Quai Branly

MUSEE DU QUAI BRANLY, Paris, Novembre 2016-Avril 2017, Octobre 2016-Janvier 2017

Sculpture cycladique_Eclectique_quai Branly, Paris_28 décembre 2016

La collection de Marc Ladreit de Lacharrière présentée au musée du quai Branly dans le cadre de l’exposition « éclectique » s’avère de réelle qualité. Le dictionnaire de l’Académie considère comme éclectique ce « dont le goût n’est ni systématique ni exclusif ». Loin d’être toutefois un assemblage hétérogène de tendances esthétiques, la collection de Lacharrière est marquée principalement par un goût pour l’abstraction moderne et contemporaine (Poliakoff, Vieira da Silva, Soulages, Hartung, Barré, Hantai, de Staël) et un intérêt prononcé pour la sculpture antique (buste d’Hadrien, remarquable statuette cycladique), moderne (Lipchitz, Picasso) et surtout africaine (masques et statues du Mali, du Congo, du Gabon, de Côte d’ivoire etc.).

La confrontation est intéressante et révèle implicitement l’apport des arts premiers dans l’évolution de l’histoire de l’art occidental tout en reflétant l’universalisme et l’humanisme du collectionneur : simplification, géométrisation formelle, spontanéité créative, expressivité, rupture avec les canons artistiques occidentaux…Une chouette de Picasso des années 1950 voisine ainsi avec une chouette incroyablement épurée du Proche Orient (1r millénaire avant JC), une remarquable toile de Soulages d’avant la période de l’Outre noir dialogue avec des boucliers du Bas-Sepik, une toile des débuts de Nicolas de Staël, « composition » de 1947, lorsque le style de l’artiste évoquait encore l’abstraction d’un Manessier, est entourée de deux remarquables masques cimiers ciwara du Mali etc. A noter que la collection comprend également une remarquable toile de Chagall…Néanmoins, l’accrochage est catastrophique et nuit fortement à l’appréciation des œuvres : pas une seule œuvre sans vitrine, sans reflets multiples et plus que perturbateurs etc. Difficile de constater qu’un musée récent puisse proposer de telles conditions de contemplation.

Quant à l’exposition « Color line », consacrée à l’art africain-américain confronté à la ségrégation, elle se révèle plutôt décevante : le propos historique prend le pas sur l’esthétique. Les fac-similés, couvertures de magazines d’époque, œuvres de qualité secondaires à l’intérêt principalement documentaire abondent, dont les plus violentes concernent probablement le lynchage. Néanmoins, quelques œuvres se détachent de l’ensemble et permettent de mettre un peu de lumière sur des artistes relativement méconnus tels que Norman Lewis, Henry Osawa Tanner, Aaron Douglas. L’exposition propose également d’intéressantes pièces de David Hammons, Glenn Ligon ainsi qu’une toile de Basquiat. La période étudiée commence après l’abolition de l’esclavage en 1865, avec les lois ségrégationnistes « Jim Crow » (1877) et prend fin, tout au moins légalement, avec les « Civil Rights Acts » de Johnson en 1964, après les violentes luttes pour les droits civiques des années 1950-60.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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