Vedova, violence en noir et blanc

GALERIE ROPAC, Paris, Octobre 2018 – Janvier 2019

Emilio Vedova, untitled, 1977 et immanente 4, 1977

« Mes oeuvres ne sont pas des créations mais des tremblements de terre […] pas des peintures, mais des souffles…», déclare Emilio Vedova auquel la galerie Ropac consacre une exposition rétrospective, « Historical Survey », première exposition personnelle de l’artiste en France, avec un focus particulier sur les années 80 et des œuvres de ses séries les plus emblématiques telles que Plurimi (1961-63), …Cosiddetti Carnevali… (1977-83), Da Dove (1984), Di Umano (1985) et Oltre (1985). Une peinture particulièrement expressive avec ses coulures, ses couleurs sombres et sa violence, quoiqu’ancrée dans la tradition vénitienne à laquelle se rattache Vedova, et particulièrement les gestes marqués et la lumière quelque peu dramatique du Tintoretto.

L’artiste, autodidacte, se nourrit également d’œuvres rencontrées au fil de ses voyages, des vitraux de la cathédrale de Chartres aux toiles de Goya et à Dada (« Per la Spagna »). Bien que son travail s’affirme de plus en plus abstrait au fil du temps, l’artiste réagit à la réalité politique de son temps, parfois directement lorsqu’il rejoint pendant la guerre la résistance et un groupe antifasciste ou signe le manifeste « Beyond Guernica ». Il considère par ailleurs que l’art doit impliquer fortement le spectateur et redéfinir l’espace et expérimente différentes techniques, supports et matériaux (le verre, l’insertion de masques en plâtre sur ses toiles inspirées par le carnaval, des cercles partiellement inscrits dans une toile carrée dans la série Oltre, la matière niant le cadre et en brouillant les limites, ou encore ses « Plurimi », œuvres plurielles faites de bois peint assemblés en ronde-bosse).

Cette intrusion du théâtral et son intérêt pour la fusion des arts lorsqu’il réalise des costumes et décors d’opéra –fusion à l’œuvre dans « Prometheus, Une tragédie de l’écoute », exposition parallèle dans la galerie Ropac qui rappelle la collaboration entre Renzo Piano, Massimo Cacciaro et Vedova qui réalisera des installations lumineuses pour l’opéra de Luigi Nono créé en 1984 à Venise sous la direction de Claudio Abbado- n’est pas sans évoquer l’art baroque, autre source d’inspiration de Vedova. « Le carnaval m’intéresse pour sa gestuelle pour son aspect fantastique, pour son désordre, pour sa dynamique, pour l’irrationnel, pour sa passion. Pour son organicité. Pour son émotivité, pour son excessivité, pour sa théâtralité, pour son pouvoir libérateur, pour son « tout est possible »… en l’espace de quelques heures ». La confrontation du noir et du blanc, accentuée par les masques en plâtre, exprime une dualité, un moi déchiré dans un monde divisé. « En fin de compte, la matière doit répondre au sentiment ».

Fleury Sylvie_galerie Ropac_5 janvier 2019

En revanche, la proposition de Sylvie Fleury -également chez Ropac-, entre ready-made, pop art voire minimalisme, détournement des objets du quotidien féminin que sont ses palettes de maquillage monumentalisées (« shaped canvas »), entre peinture et sculpture, m’a semblé assez froide, quel que soit son caractère critique de la « customisation » à l’œuvre dans notre monde.

A noter enfin quelques sculptures de Joël Shapiro galerie Karsten Grève, assemblages de pièces de bois de récupération qui dégagent tout à la fois équilibre précaire et spontanéité -« une synthèse entre la forme et la couleur »-, et les portraits photographiques déroutants de la finlandaise Nelli Palomäki galerie les filles du calvaire, exploration des relations fraternelles.

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Author: Instant artistique

Conservateur de bibliothèque. Diplômée en Histoire et histoire de l'art à l'Université Paris I et Paris IV Panthéon-Sorbonne. Classes Préparatoires Chartes, École du Patrimoine, Agrégation Histoire. Auteur des textes et de l'essentiel des photographies de l'Instant artistique, regard personnel, documenté et passionné sur l'Art, son Histoire, ses actualités.

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