GALERIE ROPAC, Paris, Mars-Avril 2018
Décidément, la galerie Thaddeus Ropac met la peinture contemporaine à l’honneur en ce début de printemps, avec les deux grandes figures que représentent Anselm Kiefer (site de Pantin, https://www.instantartistique.com/anselm-kiefer-a-pantin/)et Yan Pei-Ming (site du Marais). Un ensemble de peintures majoritairement de grand format et de gouaches sur papier à l’accrochage détonnant puisqu’il met en regard des portraits de papes et des nus féminins ou des scènes érotiques, le tout surplombé par un autoportrait sombre et frontal. Simple provocation ? Désir subversif de perturber la hiérarchie traditionnelle sinon des genres du moins des sujets picturaux en faisant cohabiter sujets noble et mineur, tout en inspirant une réflexion sur la place de l’image dans notre environnement visuel actuel et sa banalisation ?
Les portraits de papes et de cardinaux de Yan Pei-Ming, représentation emblématique du pouvoir et assez singuliers pour un peintre de « l’anti-portrait », sont bien entendu nourris de références à l’histoire de l’art (Velazquez et plus encore Titien, d’ailleurs portraituré dans l’exposition et dont le « portrait de Paul III » et le « portrait de Paul III avec ses petits-fils » (1546-47) ont à l’évidence inspiré Yan Pei-Ming tant dans la posture que dans la richesse chromatique…). Le geste est ample, énergique, violent, en apparence spontané, laissant volontiers des coulures sur la toile ; la palette, inattendue, d’une grande intensité avec ses rouges et ses bleus profonds dont les gradations subtiles autorisent une approche sensorielle et émotionnelle.
Yan Pei-Ming conçoit la peinture comme « une attaque, une détermination qui a un sens à la fois spirituel, moral mais aussi critique ». Au cours du processus de création, il engage un véritable combat avec la matière, frappant, fouettant la toile avec fougue, et dont il ressort une énergie manifeste. C’est davantage dans les nus et scènes érotiques que l’on retrouve la gamme monochromatique en grisaille typique de l’artiste où le sujet semble flotter, sans pesanteur. Ces toiles, par le choix de titres impersonnels (« elles », « elle avec moi »…) et une incertitude quant au sujet portraituré (prostituée ? figure de l’histoire de l’art ?), acquièrent une qualité universelle. A voir et revoir !














